Faites ceci, faites pas ça… et surtout buvez (de l’eau)

panneauVous avez remarqué à quel point notre vie est remplie à ras-bord de recommandations en tous genres ? Quand ce n’est pas les « 10 fruits et légumes à consommer impérativement par jour » au risque de ruiner sa santé – j’aimerais vraiment savoir comment il faut faire, car pour moi, c’est mission impossible, et pourtant, je pense faire des efforts-, c’est le tabac qui est dangereux (sérieux !?) ou encore le sel, le sucre, le beurre demi-sel, les jeux vidéo, les raisins secs dans le taboulé, les cyclistes en Vélib, le piratage des séries TV, etc.

Mon club de sport dans le 18ème n’échappe pas à cette manie de la recommandation ou de la sommation, avec des petits panneaux posés un peu partout. « Ne faites pas plus de 30 minutes sur un même appareil » (car à partir de 31 minutes, on prend visiblement des risques inconsidérés, et à 40 minutes, c’est sans doute une petite mort qui nous attend, le tunnel, la lumière, l’âme qui flotte, allez savoir). « La serviette est obligatoire sur les appareils » (ça, c’est bien, mais personnellement je n’ai jamais vu personne  se faire virer manu militari par un coach sportif pour oubli de serviette). Aujourd’hui, je suis tombé sur cette autre petite merveille. « Pour optimiser votre séance, nous vous conseillons de boire régulièrement (de l’eau) ». Je trouve ce panneau absolument fabuleux de drôlerie, à cause d’un petit détail : cette parenthèse qui enrobe « de l’eau ». Sans elle, ce panneau serait parfaitement ennuyeux, puisque les gens savent bien qu’il vaut mieux s’hydrater quand on vient suer comme un cheval dans une salle de gym. Mais avec la parenthèse, la phrase devient comique.

Pour les concepteurs de ces panneaux (qui sont-ils ? J’aimerais le savoir : il existe des boîtes qui rédigent ces machins là ?), il n’allait peut-être pas de soi qu’il est préférable de boire (de l’eau) quand on s’époumone sur un tapis de torture/de course à pieds. Certains abonnés aiment peut-être dégainer les bières quand ils font leurs abdominaux ? Les fabricants du panneau, après une chouette séance de brainstorming, ont-ils alors décidé de rajouter cette parenthèse, histoire d’assurer le coup et de bien faire ressortir la nature préférentielle du liquide ? Ou alors, ont-ils voulu jouer la carte de l’humour, comme sur les produits de Monoprix ? A moins qu’ils ne soient eux aussi des fans de Philippe Jaenada (l’homme qui m’a fait tomber amoureux des parenthèses ?) Peu importe, moi, ça me fait rire à chaque fois. Et je remercie les rédacteurs de ce panneau de mettre un peu d’humour, qu’il soit volontaire ou non, dans un tel lieu de souffrance. Merci, vraiment.

Photo sans filtre

P1100073Aujourd’hui, il existe des tas d’applications (Pixlr-o-matic, Instagram, Vignette) pour retoucher une photo rapidement, et lui ajouter des filtres (effet rétro, accentuation des couleurs, des contrastes, etc), la retailler, lui ajouter un cadre. Personnellement, je suis assez friand de ces outils-là, quoiqu’en pensent les professionnels de l’image (et même s’ils n’en pensent pas tous du mal, pour en avoir discuté avec l’un d’entre eux). La photo ci-dessus est, elle, « 100% naturelle » et c’est peut-être ce qui la rend si belle. Le meilleur filtre, ici, c’est la nature elle-même qui me l’a fourni : une fin d’une journée qui fut ensoleillée, des nuages qui se teintent de rose et de gris, l’effet de fuite vers l’horizon, le tunnel de lumière déclinante au milieu de l’image. J’ai souvent pris en photo ce coin de Corrèze, mais jamais avec un ciel d’une telle beauté. Je pense que je ne pourrai sans doute jamais avoir meilleur effet que celui produit ce soir là, en ce début d’automne.

Tracas du quotidien #5 : plikplouker

Capture d’écran 2013-11-07 à 17.42.59Plikplouker (v.i) : utiliser le dernier mouchoir en papier restant en poche, alors qu’il a déjà servi. Par ext. : lors d’un repas, se retrouver à raconter l’unique blague que vous connaissez aux mêmes amis que la dernière fois.
Ousse-plikplouker (v.i) : devoir récupérer un mouchoir en papier dans la poubelle pour s’en servir à nouveau. Par ext. : lors d’un repas, se retrouver à raconter une deuxième fois l’unique blague que vous connaissez.

Une soirée à Déjerine, stade hors du temps

Non, il n’y a pas qu’un club de foot à Paris. Il y a en au moins un autre, plus ancien que le PSG. C’est le Paris Football Club, ou PFC, créé en 1969, soit un an avant son illustre voisin. Il a même joué en première division dans les années 70.

entrée Supporter du LOSC, logé dans un stade ultramoderne de 50 000 places, je vais parfois aussi voir des affiches du « foot d’en bas ». En l’occurrence des matchs de troisième division, quand le Red Star – un des plus vieux clubs français – joue dans son mythique stade Bauer, à Saint-Ouen. Le Paris FC, dans ce même championnat de National, joue lui au stade Déjerine, à deux pas de la Porte de Montreuil (dont il portait le nom avant d’être ainsi rebaptisé). Il avait quitté cette minuscule enceinte en 2007, pour évoluer dans le célèbre Stade Charléty. Depuis cet été, fini l’exil dans le sud de la ville, le PFC est revenu dans son fief de l’est parisien.

Ce 13 septembre, j’ai eu l’occasion d’aller voir à quoi il ressemblait, pour une affiche contre le RC Strasbourg, ex-pensionnaire de L1. A noter que lesstade Strasbourgeois étaient plusieurs centaines en tribunes, joli score pour un vendredi soir, pour un match de troisième division. Pour aller du XVIIIème arrondissement au XXème, j’ai utilisé le nouveau tramway T3bis, ouvert depuis décembre 2012. Il longe notamment les Grands Moulins de Pantin (devenu le siège de BNP Paribas) et le joli square Séverine.

« Hé, doucement avec les sauces, les gars ! »

J’aime franchement aller dans ces petits stades, rugueux, souvent rénovés tant bien que mal, et qui ne sont sans doute plus aux normes de grand chose. Ici, pas de paillettes, de loges et de petits fours. Si l’argent coule à flot dans le foot « du haut », il ne descend pas jusque dans des stades comme Bauer ou Déjerine. Ici, tout est petit, vieillot. Comme si le lieu était resté coincé au niveau des années 60 ou 70, oublié là. Derrière le stade, la ville est là, bien visible, avec ses immeubles de briques rouges. Les grands stades modernes n’ont plus ce lien avec la cité, ce type d’ancrage.

Déjerine, c’est ambiance buvettemerguez-frite et vie de quartier. Dès l’entrée, la buvette – un camion rouge donne le ton. Mieux vaut avoir l’estomac bien accroché pour avaler les sandwichs vendus ici par un couple affairé (ce que je n’ai pas osé faire, j’avais assuré le minimum vital au Mc Do avant). Le gérant est obligé de rappeler à l’ordre les plus turbulents. « Hé, doucement avec les sauces, les gars ! »

Marmaille et grande flaque d’eau

Ce soir-là, les enfants sont absolument partout, autour du terrain etgradin dans les tribunes. Le club a visiblement offert l’entrée à ses multiples équipes de jeunes, qui arborent le survêtement du club. Ça se chamaille, ça crie, ça se bouscule de partout. Les papas et les mamans sont là aussi. Le stade Déjerine est vraiment minuscule. Ici, deux seules tribunes latérales existent. A droite, celle réservée aux visiteurs. Elle sert aussi en partie de présidentielle (même si le confort est aussi rustre que dans le reste du stade). En face, l’autre tribune est dévolue aux supporters du PFC et à la presse. Elle est bondée ce soir-là, le match se jouant à guichets fermés. Le petit kop, bruyant et festif, aura grossi au fil du match, à grands renforts de marmaille.

En bas de cette tribune, il devient vite impossible de voir correctement le match, avec les petits qui se collent devant vous, à la rambarde. Il faut aller se mettre debout dans la coursive derrière le but pour réussir à suivre le match correctement. Zéro confort, mais ça fait partie du « truc » quand on se rend dans ce genre d’endroits. Un monsieur, chemise et cheveux blancs, se plaint de la grande flaque d’eau à quelques mètres de là. « Ca fait des mois qu’ils disent qu’ils vont réparer » rouspète-t-il. Quelque chose me dit qu’il risque encore d’attendre…

tableauLe Paris FC se paie le luxe de gagner ce soir-là 2-0, et de conserver sa place de leader. Un peu avant 22 heures, le match se termine. Il tombe une bruine désagréable. L’automne est arrivé d’un coup. Avant de partir, je prends en photo le tableau d’affichage, grosse boîte verte dans lesquelles les chiffres sont constitués d’ampoules. C’est vieux, dépassé, unique. Voilà, la soirée est finie. C’était une soirée à Déjerine, et c’était bien.

Le regard doux du matou

J’adore cette photo, prise cet été. Je voulais profiter de l’immobilité du chat – animal particulièrement retors quand il vous voit dégainer votre appareil (cette bestiole n’en fait de toute façon qu’à sa tête, sinon, ce serait un chien). Mais je ne souhaitais pas faire une énième photo de loin, donc j’ai posé l’appareil à même le sol, proche de lui mais pas trop. Au prix d’une belle contorsion, j’ai déclenché sans trop voir le cadrage, et j’ai tout de suite vu qu’elle était réussie : la position du chat, son regard doux, l’effet de profondeur créé par le radiateur et la patte blanche au sol, la lumière frontale qui fait ressortir les couleurs de l’animal et celles du carrelage, les diverses diagonales qui nous font presque plonger dans l’image, en l’étirant. Je pense que c’est une belle photo, pour le coup. Peut-être une de mes plus réussies. Mais bon, il faut dire que j’avais un chouette modèle, aussi.

Le Nant, le café le plus « Star Trek »

C’est un endroit où je ne suis jamais entré, mais devant lequel je suis passé au moins des centaines de fois. C’est un bistrot comme on en voit de moins en moins dans mon quartier du 18ème arrondissemLe Nantent, gagné par la « gentrification » découlant de la hausse des loyers et du prix du mètre carré. Un « vieux » café, brut de pomme, baignant encore dans son jus des années 70 (voire même avant), là où tant d’autres sont devenus des restaurants branchés, à 19 euros le brunch du dimanche, ou, bien des agences immobilières.

Ce café, c’est Le Nant, rue du Ruisseau. Je prononce le « t » final, comme pour Nantes, alors qu’il ne faut pas. Je ne sais pas d’où vient ce nom (à moins que ce ne soit lié à la ville de l’Aveyron ainsi appellée) ? Ce Nant avait été qualifié de « bar le plus Star Trek » du quartier par un internaute, et cela m’avait fait rire. Sa façade est indescriptible. La saleté du calicot est telle qu’on ne sait même plus en dire la couleur exacte. Une planche de bois a remplacé une des vitres. Une année, un père Noël a été dessiné, ainsi que quelques sapins et étoiles. Ils n’ont jamais été effacés. Avec le Nant, c’est un peu les fêtes de fin d’année tous les jours. A un moment donné, il y a eu aussi un « Bonne année 2008 » peint sur la vitrine. Il est bien entendu resté là toute l’année. En 2009, le « 8 » a été gratté, pour faire un « 9 », tant bien que mal.

Même s’il est ouvert à tous, le lieu appartient en pratique à ses habitués. On y aperçoit les mêmes bouilles, pas toujours très fraîches. A l’intérieur, c’est sombre et encombré, comme un débarras. Il y a des alcôves en bois, qui rendent le lieu exigu. Elles ne semblent plus guère plus utilisées, car les fidèles sont surtout rivés au zinc. Parfois, certains s’en décollent et vont s’asseoir en terrasse. Enfin, la terrasse… Quelques tabourets, une chaise, une table apparaissent selon le temps qu’il fait. Je ne sais pas si les gens peuvent y manger, mais je doute fort qu’on y concocte des brunchs à 19 euros. Le demi de bière doit sans doute être le moins cher du quartier. A moins que ce ne soit aux « Gais Lurons » – autre bistrot suranné qui porte bien mal son nom – à deux pas de là ?

Ce Nant me fait sourire, à chaque fois que je passe devant, presque trop « brut » pour être vrai, et pourtant bien réel. Il m’intimide aussi, lui qui témoigne d’une époque passée. Quand ce coin du 18ème, coincé entre la Butte Montmartre et la Porte de Clignancourt, était plus populaire, plus canaille, plus inquiétant. Peut-être Mesrine, qui habitait à deux pas de là, le fréquentait-il parfois ? En tout cas, je n’ai jamais osé franchir le pas de porte. J’aurais l’impression de déranger, ou de donner le sentiment que je viens observer tout ça de plus près. Enfin, je ne sais pas trop. Pour moi, le Nant, c’est comme un truc privé, où je ne suis pas invité.

Le Nant est un survivant à sa façon. Il a quelque chose d’un peu triste – du moins, quand on passe devant dans la rue. Peut-être qu’à l’intérieur, les clients se marrent bien ? Un article dans « A nous Paris » (*) disait qu’il avait eu son heure de gloire et que des vedettes y étaient venues passer des soirées. Je ne sais pas si c’est vrai et j’ai franchement du mal à y croire. Mais je ne veux pas trop en savoir sur le Nant, en fait. Le savoir toujours debout en 2013 me suffit.

(*) Il faut bien le dire, j’avais été estomaqué de voir que le Nant ait pu être repéré par un tel journal, qui ne parle quasiment que d’endroits branchés et très chers.

Tracas du quotidien #1 : flupiner

camden 12-07Comme je le disais dans mon texte d’ouverture de ce Fripi, il m’arrive d’imaginer des néologismes – tels le fripi ! – pour désigner des tracas du quotidien (du genre pas grave mais agaçant), comme l’a fait déjà en 4 petits tomes très drôles « Le Baleinié, dictionnaire des tracas », dont je suis fan. Je reporterai les miens ici au fil du temps. Ils ont déjà été publiés sur la page Facebook non officielle du livre.

Flupiner (v.i) : vouloir filmer le chat en train de jouer et le voir s’immobiliser, parce qu’il sait que vous le filmez.
Ousse-flupiner (v.i) : regarder le chat jouer alors que vous avez renoncé à le filmer.

A suivre !