Une soirée à Déjerine, stade hors du temps

Non, il n’y a pas qu’un club de foot à Paris. Il y a en au moins un autre, plus ancien que le PSG. C’est le Paris Football Club, ou PFC, créé en 1969, soit un an avant son illustre voisin. Il a même joué en première division dans les années 70.

entrée Supporter du LOSC, logé dans un stade ultramoderne de 50 000 places, je vais parfois aussi voir des affiches du « foot d’en bas ». En l’occurrence des matchs de troisième division, quand le Red Star – un des plus vieux clubs français – joue dans son mythique stade Bauer, à Saint-Ouen. Le Paris FC, dans ce même championnat de National, joue lui au stade Déjerine, à deux pas de la Porte de Montreuil (dont il portait le nom avant d’être ainsi rebaptisé). Il avait quitté cette minuscule enceinte en 2007, pour évoluer dans le célèbre Stade Charléty. Depuis cet été, fini l’exil dans le sud de la ville, le PFC est revenu dans son fief de l’est parisien.

Ce 13 septembre, j’ai eu l’occasion d’aller voir à quoi il ressemblait, pour une affiche contre le RC Strasbourg, ex-pensionnaire de L1. A noter que lesstade Strasbourgeois étaient plusieurs centaines en tribunes, joli score pour un vendredi soir, pour un match de troisième division. Pour aller du XVIIIème arrondissement au XXème, j’ai utilisé le nouveau tramway T3bis, ouvert depuis décembre 2012. Il longe notamment les Grands Moulins de Pantin (devenu le siège de BNP Paribas) et le joli square Séverine.

« Hé, doucement avec les sauces, les gars ! »

J’aime franchement aller dans ces petits stades, rugueux, souvent rénovés tant bien que mal, et qui ne sont sans doute plus aux normes de grand chose. Ici, pas de paillettes, de loges et de petits fours. Si l’argent coule à flot dans le foot « du haut », il ne descend pas jusque dans des stades comme Bauer ou Déjerine. Ici, tout est petit, vieillot. Comme si le lieu était resté coincé au niveau des années 60 ou 70, oublié là. Derrière le stade, la ville est là, bien visible, avec ses immeubles de briques rouges. Les grands stades modernes n’ont plus ce lien avec la cité, ce type d’ancrage.

Déjerine, c’est ambiance buvettemerguez-frite et vie de quartier. Dès l’entrée, la buvette – un camion rouge donne le ton. Mieux vaut avoir l’estomac bien accroché pour avaler les sandwichs vendus ici par un couple affairé (ce que je n’ai pas osé faire, j’avais assuré le minimum vital au Mc Do avant). Le gérant est obligé de rappeler à l’ordre les plus turbulents. « Hé, doucement avec les sauces, les gars ! »

Marmaille et grande flaque d’eau

Ce soir-là, les enfants sont absolument partout, autour du terrain etgradin dans les tribunes. Le club a visiblement offert l’entrée à ses multiples équipes de jeunes, qui arborent le survêtement du club. Ça se chamaille, ça crie, ça se bouscule de partout. Les papas et les mamans sont là aussi. Le stade Déjerine est vraiment minuscule. Ici, deux seules tribunes latérales existent. A droite, celle réservée aux visiteurs. Elle sert aussi en partie de présidentielle (même si le confort est aussi rustre que dans le reste du stade). En face, l’autre tribune est dévolue aux supporters du PFC et à la presse. Elle est bondée ce soir-là, le match se jouant à guichets fermés. Le petit kop, bruyant et festif, aura grossi au fil du match, à grands renforts de marmaille.

En bas de cette tribune, il devient vite impossible de voir correctement le match, avec les petits qui se collent devant vous, à la rambarde. Il faut aller se mettre debout dans la coursive derrière le but pour réussir à suivre le match correctement. Zéro confort, mais ça fait partie du « truc » quand on se rend dans ce genre d’endroits. Un monsieur, chemise et cheveux blancs, se plaint de la grande flaque d’eau à quelques mètres de là. « Ca fait des mois qu’ils disent qu’ils vont réparer » rouspète-t-il. Quelque chose me dit qu’il risque encore d’attendre…

tableauLe Paris FC se paie le luxe de gagner ce soir-là 2-0, et de conserver sa place de leader. Un peu avant 22 heures, le match se termine. Il tombe une bruine désagréable. L’automne est arrivé d’un coup. Avant de partir, je prends en photo le tableau d’affichage, grosse boîte verte dans lesquelles les chiffres sont constitués d’ampoules. C’est vieux, dépassé, unique. Voilà, la soirée est finie. C’était une soirée à Déjerine, et c’était bien.

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3 réflexions au sujet de « Une soirée à Déjerine, stade hors du temps »

  1. Ping : "Le Red Star, c’est à Bauer" | Encore un fripi !

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