Le chameau et moi (ou le fan et l’ours)

966763_10152037659426054_347275874_oVendredi dernier, j’ai rencontré un de mes héros. Il faut dire qu’il avait eu la bonne idée de venir traîner du côté de Jules Joffrin, dans la belle librairie de quartier qu’est l’Humeur Vagabonde. Héros ? Oui, le mot est adéquat. Philippe Jaenada l’est pour moi, depuis la lecture du Chameau sauvage, écrit à la fin des années 90. Dès les premières lignes, je savais qu’entre cet écrivain et moi, cela allait vraiment bien coller. « Un jour, ce n’est rien, mais je le raconte tout de même, un jour je me suis mis en tête de réparer le radiateur de ma salle de bains, un appareil à résistances fixé au-dessus de la porte ». Cette phrase d’entame, parfaite selon moi, allait me faire avaler ensuite ce roman, rempli de parenthèses (jusqu’à trois ou quatre enchâssements (ce n’est pas évident à faire (essayez pour voir))) et de considérations universelles sur les soucis du quotidien, une de mes marottes, comme vous l’avez compris. Au passage, ce livre introduisait une vérité irréfutable : celle qu’il existe des magiciens de la vie « pour qui tout est facile ». J’en suis l’exact opposé.

J’ai ri, ri, et encore ri jusqu’à plus soif, au fil des envolées jaenadesques (« Conseils pour paraître à l’aise dans un ascenseur » ; « Ne cherchez pas quatorze heures à midi » ; « Ne comptez même pas sur les meilleurs » ; « Ne cherchez pas à vous venger, ça ne donne rien »). Dans le métro, les gens me regardaient d’un air inquiet, comme si je faisais partie de ces doux-dingues qu’on essaye d’éviter dans la rue : le rire solitaire est mal vu. Si ce livre me parlait tant, au-delà de cet humour gorgé d’auto-dérision et de lucidité crue, c’est qu’il retranscrivait si bien nos petites vies d’humains, dans ce qu’elles ont de plus dérisoire et de moins glorieux : chuter dans la rue, se faire coffrer par des policiers abrutis, se sentir malade avant d’aller à un rendez-vous amoureux, savoir comment gérer un dîner avec plein d’inconnus… Tout était si pertinent, finement observé. Je trouvais ça fabuleux de faire de nos tracas un vraie « pâte littéraire ».

2013-11-25_12-49-04_838Dieu sait si j’ai aimé des livres avant et après celui-là (dont les autres livres de Philippe Jaenada), mais Le Chameau a une place unique. Parce que c’est le livre que j’aurais aimé écrire, si j’en avais eu le talent. Celui que je relirai toujours avec le même plaisir, que j’emmènerais sur une île déserte (je n’ai jamais vraiment compris pourquoi il fallait imaginer cette situation). Je l’ai conseillé à plein de gens autour de moi, et le Chameau a souvent eu un effet « magicien de la vie » sur eux. Comme quoi je n’étais pas le seul à me sentir concerné.

Quand je suis allé le faire dédicacer, vendredi dernier, mon cœur arythmique de quarantenaire a battu bien fort. C’était quand même un peu la honte de se sentir comme une stupide groupie, mais après tout, c’était jaenadien comme situation, et il fallait l’embrasser (la situation, pas Philippe Jaenada). « Oh, il est tout beau » a dit ce dernier. Il ne parlait pas de moi, mais de mon exemplaire du Chameau, flambant neuf (j’avais offert mon précédent à la chanteuse GiedRé ; elle compte aussi parmi ses fans désormais et je ne suis pas peu fier d’avoir fait le lien entre deux artistes que j’aime). Je suis reparti avec mon livre sous le bras, flanqué d’une dédicace, qui parle d’amitié, de saucisses et de claquettes (je vous passe les détails). Je suis reparti heureux. Car si la vie est tapissée de misères, elle l’est parfois de « parenthèses de bien être », comme le raconte – aussi – Le Chameau sauvage.

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PS : le fan et l’ours, allusion à « La femme et l’ours », de Philippe Jaenada.

Tracas du quotidien #14 : gramoulir

Capture d’écran 2013-11-23 à 14.36.27Gramoulir (v.i.) : après une douche ou un bain agréable, se sécher dans le froid avec une serviette humide.
Ousse-gramoulir (v.i.) : le faire avec une pougne (cf. pougne : serviette laissée à l’autre bout de la salle de bain alors que vous avez déjà commencé à vous doucher).

Droit devant !

2012-05-31_17-38-49_788Il y a des photos assez magiques qui vous sont offertes sur un plateau. C’est le cas de celle-ci. Je me trouvais en 2012 sur la promenade de Trestaou, à Perros-Guirec, quand j’ai vu cette scène, à la fois drôle et touchante. Deux vieilles personnes, à priori un couple (encore qu’on ne sait jamais), postées là, accoudées à la balustrade, dans la même position. On pourrait presque croire que je leur ai demandé de poser. Ils regardent au loin, l’archipel des Sept-îles sans doute, là où se trouve un des plus importants repaire de Fous de Bassan. Dans ce cas-là, il n’y a pas grand chose à faire d’autre que dégainer et laisser l’image parler pour elle-même.

PS : il paraît que dans Peanuts (avec Snoopy), Sally Brown dit qu’aimer, « c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Les bouts de pommes vont devenir des crottes

dessin-victorJe suis tombé hier sur ce dessin de mon loustic de filleul, Victor (6 ans, pour ceux qui n’auraient pas suivi). Alors, bon, je passe vite fait sur tout ce que j’aime dedans : la dégaine du bonhomme en train d’engloutir cette pomme, sa tête ahurie, les flèches explicatives dont je raffole, cette écriture enfantine liée (que je pourrais me coller en intraveineuse, je crois) ces petites fautes d’orthographe de l’enfant qui apprend encore… C’est sur les bulles de dialogue que j’aimerais m’attarder deux minutes.

Où vont les aliments que je mange ? C’est la question de l’exercice. Hé bien, Victor a visiblement la réponse, et elle est simple (et avérée) : « les aliments vont dans l’estomac et puis dans l’intestin ». Et ensuite ? Ben ensuite, « les bouts de pommes vont devenir des crottes ». Et hop, l’affaire est bouclée, on n’en parle plus. D’autres questions ? Non. Tout est dit.

Ce serait bien qu’on retrouve, chez nous, les adultes, cette faculté d’aller à l’essentiel. Parce que , parfois, avouons-le, on complique un chouïa le bidule. Quand vous voulez déjeuner avec quelqu’un, par exemple, ça peut virer très vite au cauchemar logistique.
– On déjeune ensemble semaine prochaine ?
– Ok, quel jour ?
– Je ne sais pas, quel jour t’arrange ?
– Et toi, quel jour t’arrange ?
– Mardi ?
– Non, mardi, impossible. Mercredi ?
– Je peux jeudi.
– Pas possible jeudi, ni vendredi.
– Je pouvais mercredi et vendredi seulement !
– Bon, on décale alors ?
– Oui, on se recontacte. Enfin, je ne suis pas trop dispo la semaine prochaine.
– Bah, on trouvera bien un créneau.

Et au final, 6 mois auront passé avant la nouvelle tentative (qui échouera aussi sans doute). Si on appliquait la méthode organisationnelle des nains, ça donnerait un truc du genre :
– On déjeune ensemble la semaine prochaine ?
– Bonne idée, rendez-vous mardi, à 12h30, au bistrot La Renaissance ?
– Parfait, à mardi.

Appliquée au monde du travail, la « mioche attitude » serait aussi tellement agréable. Finies les 250 réunions avec les grands chefs visionnaires, qui se terminent par des « on essaiera de décider lors d’une prochaine réunion, parce que là, on a bien fait le point, mais on n’a pas vraiment tranché ». Mettez moi des Victor dans ces réunions, et une seule suffira sans doute pour savoir qui fait quoi, et pour quand, et avec qui. Car il ne faut pas perdre de vue, jamais, qu’au final, les bouts de pommes vont devenir des crottes. Ok ?

Pour François Achille (1890-1914)

Capture d’écran 2013-11-11 à 09.48.01Aujourd’hui, j’ai pensé à quelqu’un que je n’ai jamais connu. François Achille Vanseveren était le frère de mon arrière-grand mère, Marie-Madeleine Vanseveren (« Bonne Maman »). Ce matin, je suis allé récupérer son acte militaire de décès  sur le site Mémoire des hommes, du ministère de la défense (1). Il est mort à Saint-Gérard en Belgique, le 30 août 1914, soit au tout début de la guerre (l’Allemagne ayant déclaré la guerre à la France le 3 août 1914). « Tué à l’ennemi » explique le document. Il avait 24 ans, et était né à Halluin le 15 novembre 1890, là où réside encore une bonne partie de ma famille. Il a semble-t-il été inhumé « par les soins des autorités allemandes ».

Grâce à un cousin belge de ma mère, Patrick, féru de généalogie, j’ai pu en savoir un peu plus sur lui. Il s’est marié le 27 février 1911 avec Marie-Louise Horrie, toujours à Halluin. Il fait son service militaire en 1911, et est devenu réserviste en 1913. Il est mobilisé pour la guerre le 3 août 1914. Moins d’un mois plus tard, il fut tué (en août 14, il y eut parfois jusqu’à 20 000 morts par jour, un chiffre impensable). Son corps d’armée, le 43ème régiment d’infanterie de Lille, s’avère être aussi le mien. Ce document confirme que ce régiment fut envoyé en Belgique fin août pour contenir l’avancée allemande (« le régiment fait mouvement vers le Nord le 22 et se heurte à l’ennemi le 23 à midi aux abords du village de Saint-Gérard (Belgique) où il prend position »). François est sans doute mort sous le feu de l’artillerie allemande, alors que les troupes françaises se repliaient (ce qu’elles firent jusqu’à la contre-offensive de la Marne).

967086_779744005384903_22493767_oJ’ignore ce qu’a pu ressentir François Achille, mais je l’imagine assez bien. La peur de mourir, l’angoisse des grenades, des obus, des tirs, celle de ne plus revoir Marie-Louise ou ses frères et sœurs (André, Emma, Louis, Marie-Madeleine, Marcel). Il a dû avoir froid, la nuit, en dormant à même le sol (ou dans la paille, le meilleur des cas si j’en crois ce que j’ai pu lire), souffrir du Capture d’écran 2013-11-11 à 22.32.37bruit des canons, des poux et des rats, de la saleté, de la boue des Flandres quand il pleuvait. Comment ont fait ces hommes pour endurer tout ça, ces « petits » (paysans, ouvriers) envoyés au front pour servir de chair à canon ? Je pense qu’il n’y a pas pire cauchemar pour moi que ce que ces jeunes hommes ont subi et vécu. C’est peut-être pourquoi cette guerre de 14-18 me parle autant. Elle symbolise le pire du pire à mes yeux.

Patrick m’a aussi envoyé aujourd’hui une photo d’un cadre de François Achille. On y voit ses médailles militaires, et la plaque indique qu’il était caporal. La date de décès est différente de celle de l’acte militaire : le 16 février 1915. Difficile de comprendre pourquoi. On y voit un homme beau, en costume, avec une moustache classique pour l’époque. Selon ma grand-mère, sa nièce, il a eu un enfant, Achille. Sa mère, Octavie (mon arrière-arrière grand mère), ne se serait jamais remise de la mort de son fils à la guerre. J’espère que cet oncle lointain a eu un peu de « belle vie » avant d’être envoyé se faire massacrer lors de cette guerre absurde et ignoble.

Pour rendre un petit hommage personnel à François Achille, et à tous les autres, je suis passé sur la tombe du soldat inconnu dans l’après-midi, à l’Arc-de-triomphe, bondé de touristes. Puis j’ai regardé le troublant film « La chambre des officiers » de François Dupeyron, qui évoque les « gueules cassées », ces soldats défigurés et mutilés par des engins explosifs. J’y ai appris comment la médecine avait progressé à l’époque, en matière de greffes de peau ou osseuses, de création de prothèses. A la fin du film, le personnage principal se retrouve dans le métro, face à une petite fille et sa mère. On les voit descendre à la station… Jules-Joffrin. Ma station de métro, mon quartier. La boucle de cette journée de souvenir était bouclée.

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(1) J’ai cherché sur ce site les soldats tués portant mon nom de famille, Deleurence. j’en ai trouvé 9, mais sans savoir si aucun d’entre eux faisait partie de ma famille.

Ma petite chaise en fourrure orange

Guigui le journaleuxP1100253En haut, c’est moi. Je n’ai pas la date exacte de cette photo mais elle doit dater je pense, de 1979, et j’avais donc autour de 6 ans. En bas, c’est Victor, mon neveu et filleul photographié, en ce début de novembre 2013 en train de faire ses devoirs. Il a 6 ans aussi. Entre ces deux clichés, 35 ans au moins ont passé (et beaucoup de cheveux et d’illusions sont tombés de mon côté). Que de points communs entre ces deux images, prises quasiment au même endroit, dans la maison de mes parents, devenue celle de ma sœur. Le salon est toujours le salon, la télévision a certes changé, mais elle trône toujours au même endroit.

C’est mon papa qui prenait la plupart des photos. A l’époque, on « shootait » et puis on découvrait le résultat une fois la pellicule développée (ce qui donnait lieu à des ratages parfois intéressants, ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, où l’on a trop tendance à jeter un cliché qu’on juge à chaud raté). Je devais être en train de dessiner, mon hobby de l’époque (que n’ai-je persévéré dans cette voie plutôt que de me piquer d’écrire des articles ?)

Je me souviens de cette chaise, recouverte de fourrure acrylique orange. N’est-elle pas hyper chouette ? Je me rappelle aussi très bien de mon stylo (ma mémoire me fait flipper des fois, à enregistrer des choses aussi inessentielles) : c’était une sorte de Bic, avec un gros capuchon rond et noir, que l’on pouvait mettre autour du cou grâce à un cordon. Je me rappelle bien également de cette télé : pour changer de chaîne, on n’enfonçait pas un bouton, on effleurait juste du doigt sur une sorte de diode verte, le top de la modernité. Les réglages divers (le son, la lumière) se faisaient via des curseurs placés en façade. Il n’y avait pas de télécommande, je crois. Il faut dire qu’avec trois chaînes de télévision (FR3 étant née comme moi en 1973), cet accessoire n’était guère pertinent. Il n’y avait pas de magnétoscope non plus.

Une remarque sur cet épatant papier peint que l’on aperçoit au fond. Mes parents, à l’époque, comme tant d’autres, avaient opté pour des motifs fleuris très très très très très très marqués, pour ne pas dire étouffants. Mais c’était ainsi. Devenu ringarde dans les années 80, cette mode fait aujourd’hui un retour en force (marron). Il suffit de regarder une émission consacrée au design pour voir à quel point les 70 cartonnent. Tout passe, tout lasse, mais tout revient.

Que pourra dire Victor de sa propre photo en 2048 ? Sera-t-il étonné de se voir se servir d’un stylo (abandonné, dans certaines écoles américaines, au profit des outils informatiques) ? D’écrire sur un vrai cahier, sentant bon le papier (une de mes odeurs préférées, celle qui fait que je n’achèterai jamais de liseuse électronique, tant que ce sera possible) ? D’avoir été pris en photo par cet oncle, qui fut un temps journaliste, ce métier désormais effectué par des robots ? Et si la photo papier de 1979 a survécu, quid de celle 2013, immatérielle : existera-t-elle encore, ou aura-t-elle disparu dans le grand cimetière des données numériques ?

Quartier lointain

Je viens de finir le manga Quartier lointain, de Jirō Taniguchi (et vu dans la foulée le film adapté, portant le même nom). C’est l’histoire d’un homme, qui se retrouve suite à évanouissement, dans la peau de l’adolescent qu’il fut dans le Japon des années 60. Ca m’a rappelé la série de photos que j’ai prise récemment dans mon quartier jules-joffrinesque, sur les boutiques abandonnées ou sur les lieux qui gardent les traces d’un passé plus ou moins lointain. Je les avais faites pour un projet d’article, que je ne ferai jamais je crois (ou pas de suite). Alors autant poster les clichés ici pour l’instant.

P1050817Ce salon de coiffure, rue Joseph Dijon, était encore ouvert il y a quelques mois. Y venaient les vieilles dames du coin. La boutique, pour le peu que j’en ai vu, était jaunie, remplie de vieux outils de coiffeurs, de sièges en moleskine rouge. Je pense que, gardé dans son jus, le lieu eût fait un beau café tendance, comme on en voit plein partout à Paris désormais. Comme par exemple, le « Petit Joseph Dijon », à quelques encablures. Un endroit branché installé dans une ancienne brasserie assez douteuse.

P1050818Cette boutique-là, ci-dessus, n’est pas fermée, elle. A deux pas de l’ex-salon de coiffure, on peut encore y acheter des téléviseurs, entre autre. C’est tout petit, on se demande comment ça peut encore exister à l’heure des Darty et autres sites Internet. J’adore la typo du « Radio-Lyrel », qui semble tout droit sortie des années 50. J’adore ce bleu aussi, pimpant.

P1050825Encore un ancien salon de coiffure. L’enseigne est restée, mais on n’y entretient plus sa chevelure, on s’occupe plutôt de ses cordes vocales, désormais. La typo est également génialement vieillotte (et donc furieusement tendance).

P1050820Allez, on continue avec un autre lieu fantôme, toujours rue Joseph Dijon. Cette boucherie est fermée depuis des années. Crise des vocations, crise de la boucherie ? En tout cas, elle n’a pas retrouvé vie. Là aussi, elle finira bien par se retrouver entre les mains d’anciens journalistes, désireux de lancer leur propre café. Ou alors elle deviendra une agence immobilière. Voire un magasin de cigarettes électroniques.

P1050822On revient sur nos pas, rue Letort. Voilà une enseigne de toute beauté, avec ses lettres en relief, et ses beaux carreaux rouges. Goulet-Turpin était une épicerie. Si la façade est inchangée, le lieu accueille aujourd’hui le Mila, un pôle de soutien aux entreprises du domaine musical.

P1050828Et cette boutique là, n’est-elle pas merveilleuse ? « Rapid’service, tout pour l’électricité ». Située rue Damrémont, elle est toujours ouverte. On peut y acheter des ampoules. Je pense que rien n’y a été changé depuis les années 60 ou 70. Je l’adore, et j’espère qu’elle sera encore là longtemps.

P1050833Cet ex-café fait l’angle de la rue Feutrier et de la plutôt branchée rue André-Del-Sarte. Bizarre que dans ce coin assez fréquenté des noctambules, il n’y ait pas eu de repreneur. Trop de concurrence, peut-être ?

P1050836Cette devanture là est superbe, quand même, non ? Avec la verrière au-dessus et cette belle typo ancienne, du temps où le lieu était un magasin de « photo couleurs » dans la rue Ramey (qui devient elle aussi assez branchée). C’est évidemment devenu une agence immobilière. Elle a pris la place d’un magasin de jouets « vintage », Ouistiti pop (j’aimais bien ce nom).

P1050838Alors-là, attention, curiosité. Rue du baigneur, on trouve cette extraordinaire devanture, toute en mosaïque. Il n’y a plus de poissons ici, mais des œuvres artistiques. Le rideau de fer est toujours fermé, quand je passe devant. Un lieu doublement fantôme, donc.

P1050842Rue de Clignancourt, le bar « Le Ruthénois » affiche sa désolation de façon criante (« Désolation !!!! »). Plus personne ne boit ici, ne fume ne rigole ou ne s’engueule. Le Ruthénois est coi.

P1050840 Et dans cet hôtel, plus personne ne dort (ou alors, c’est qu’il y a un truc qui déconne). A part les parpaings de ciment qui condamnent les fenêtres. Cela fera sans doute à terme de beaux appartements pour la nouvelle « gentry », qui embourgeoise ce coin du 18ème et veut en faire un endroit calme et prospère. Mais le 18ème ne peut pas être calme et prospère.

P1050849Cette photo du café « Le Sarment », rue Marcadet, a été prise avant sa rénovation. Le café y était atroce (aussi mauvais que dans les restaurants asiatiques, il faudra un jour que je me penche sur le pourquoi du comment de cette situation), mais la terrasse parfaite pour bouquiner au soleil. Aujourd’hui, finis les vestiges des années 60 et 70, le lieu a été refait entièrement pour devenir un café à la mode. Il n’a conservé que son nom. J’y ai bu un coup l’autre jour, à côté d’un vieux monsieur, s’escrimant sur un ordinateur portable, et qui était le sosie de Stéphane Hessel.

P1100258Non, il n’y a plus rien de chic, ni de sport, dans cette boutique, à deux pas de chez moi, rue Duhesme. A côté, on peut apercevoir un ancien vidéo club, du temps où les gens louaient encore des DVD et des cassettes. C’était il y a une éternité.

P1100256Finissons avec un morceau de bravoure : l’ancienne gare Ornano, sise à la Porte de Clignancourt. Elle fut une gare quand des trains circulaient encore sur les rails de la Petite ceinture. Le lieu est en charpie, et je suis sûr que 99% des gens qui passent devant ignorent ce qu’elle fut. Mais le lieu sera rénové par l’équipe de La Recyclerie, pour devenir un restaurant, bar, vide-grenier, etc. (idem pour la gare de Saint-Ouen, qui n’est pas à Saint-Ouen). Pour l’instant, ce sont les très « hype » food-trucks (des sortes de baraques à frites version parisiano-branchée) qui officient, sur la plate-forme à l’arrière, le long de la rue Belliard. Le lieu est fermé depuis 1934.

P1100254P1100255Voilà, la balade est terminée pour aujourd’hui. J’aurais pu ajouter encore pas mal de photos, évoquer plein d’autres endroits, de devantures à l’abandon, ou conservées telles quelles. Ce sera pour une autre fois, pour peu que ce blog n’ait pas lui-même rejoint un quartier lointain de la Toile.