Pour François Achille (1890-1914)

Capture d’écran 2013-11-11 à 09.48.01Aujourd’hui, j’ai pensé à quelqu’un que je n’ai jamais connu. François Achille Vanseveren était le frère de mon arrière-grand mère, Marie-Madeleine Vanseveren (« Bonne Maman »). Ce matin, je suis allé récupérer son acte militaire de décès  sur le site Mémoire des hommes, du ministère de la défense (1). Il est mort à Saint-Gérard en Belgique, le 30 août 1914, soit au tout début de la guerre (l’Allemagne ayant déclaré la guerre à la France le 3 août 1914). « Tué à l’ennemi » explique le document. Il avait 24 ans, et était né à Halluin le 15 novembre 1890, là où réside encore une bonne partie de ma famille. Il a semble-t-il été inhumé « par les soins des autorités allemandes ».

Grâce à un cousin belge de ma mère, Patrick, féru de généalogie, j’ai pu en savoir un peu plus sur lui. Il s’est marié le 27 février 1911 avec Marie-Louise Horrie, toujours à Halluin. Il fait son service militaire en 1911, et est devenu réserviste en 1913. Il est mobilisé pour la guerre le 3 août 1914. Moins d’un mois plus tard, il fut tué (en août 14, il y eut parfois jusqu’à 20 000 morts par jour, un chiffre impensable). Son corps d’armée, le 43ème régiment d’infanterie de Lille, s’avère être aussi le mien. Ce document confirme que ce régiment fut envoyé en Belgique fin août pour contenir l’avancée allemande (« le régiment fait mouvement vers le Nord le 22 et se heurte à l’ennemi le 23 à midi aux abords du village de Saint-Gérard (Belgique) où il prend position »). François est sans doute mort sous le feu de l’artillerie allemande, alors que les troupes françaises se repliaient (ce qu’elles firent jusqu’à la contre-offensive de la Marne).

967086_779744005384903_22493767_oJ’ignore ce qu’a pu ressentir François Achille, mais je l’imagine assez bien. La peur de mourir, l’angoisse des grenades, des obus, des tirs, celle de ne plus revoir Marie-Louise ou ses frères et sœurs (André, Emma, Louis, Marie-Madeleine, Marcel). Il a dû avoir froid, la nuit, en dormant à même le sol (ou dans la paille, le meilleur des cas si j’en crois ce que j’ai pu lire), souffrir du Capture d’écran 2013-11-11 à 22.32.37bruit des canons, des poux et des rats, de la saleté, de la boue des Flandres quand il pleuvait. Comment ont fait ces hommes pour endurer tout ça, ces « petits » (paysans, ouvriers) envoyés au front pour servir de chair à canon ? Je pense qu’il n’y a pas pire cauchemar pour moi que ce que ces jeunes hommes ont subi et vécu. C’est peut-être pourquoi cette guerre de 14-18 me parle autant. Elle symbolise le pire du pire à mes yeux.

Patrick m’a aussi envoyé aujourd’hui une photo d’un cadre de François Achille. On y voit ses médailles militaires, et la plaque indique qu’il était caporal. La date de décès est différente de celle de l’acte militaire : le 16 février 1915. Difficile de comprendre pourquoi. On y voit un homme beau, en costume, avec une moustache classique pour l’époque. Selon ma grand-mère, sa nièce, il a eu un enfant, Achille. Sa mère, Octavie (mon arrière-arrière grand mère), ne se serait jamais remise de la mort de son fils à la guerre. J’espère que cet oncle lointain a eu un peu de « belle vie » avant d’être envoyé se faire massacrer lors de cette guerre absurde et ignoble.

Pour rendre un petit hommage personnel à François Achille, et à tous les autres, je suis passé sur la tombe du soldat inconnu dans l’après-midi, à l’Arc-de-triomphe, bondé de touristes. Puis j’ai regardé le troublant film « La chambre des officiers » de François Dupeyron, qui évoque les « gueules cassées », ces soldats défigurés et mutilés par des engins explosifs. J’y ai appris comment la médecine avait progressé à l’époque, en matière de greffes de peau ou osseuses, de création de prothèses. A la fin du film, le personnage principal se retrouve dans le métro, face à une petite fille et sa mère. On les voit descendre à la station… Jules-Joffrin. Ma station de métro, mon quartier. La boucle de cette journée de souvenir était bouclée.

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(1) J’ai cherché sur ce site les soldats tués portant mon nom de famille, Deleurence. j’en ai trouvé 9, mais sans savoir si aucun d’entre eux faisait partie de ma famille.

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5 réflexions au sujet de « Pour François Achille (1890-1914) »

  1. Je ne sais pas si j’ai des anciens, morts aux combats. Nul en histoire (scolaire), hôtelier aujourd’hui, j’ai eu l’occasion de parcourir un de ces chemins de mémoire pas bien loin de chez nous, Halluin.
    Faites la boucle VIMY, La bombe (la bassée), Armentière, Passendale, Le cratère de Bussine, La porte de Menin à Ypres, et ce village dans les weppes dont je n’ai malheureusement pas retenu le nom et où récemment, des chercheurs Anglais ont retrouvé une fosse commune avec plus de 300 soldats. Tous ces cimetières blancs sont à la croisée de nos routes et nous ne les regardons plus aujourd’hui jusqu’à ce centenaire où vont se déplacer des milliers de familles Canadiennes, Australiennes, Néo-Zélandaises, Anglaises et pourquoi pas Allemandes pour se reccueillir comme vous sur la tombe d’un des leurs.
    Bravo à vous, ce devoir de mémoire est important pour les années futures.

    • Bonjour Grégory et merci de votre commentaire. J’ai très envie prochainement d’aller voir des lieux emblématiques de 14-18, à Ypres ou Messines. Vous m’avez donné des idées. Il est vrai qu’il est crucial de ne pas oublier ces pauvres jeunes gens fauchés lors de cette guerre atroce… Vous êtes halluinois si j’ai bien saisi ? Bien à vous !

  2. Je viens de voir à la télé que le dernier mort de 14-18 (l’un des derniers) a été tué le 11 novembre mais qu’on a choisi le 10 pour sa date officielle, pour ne pas trop choquer sa famille. C’était peut-être pareil pour ton aïeul, fallait peut-être pas trop dire qu’il y avait eu autant de morts dès le début de la guerre…
    Toutes les guerres sont connes mais alors celle-là… Chapeau ! Comme disait Brassens, « Moi, mon colon, celle que je préfère, c’est celle de 14-18 ! » (« bien-sûr celle de 40 ne m’a pas tout à fait déçu, mais celle que je préfère… »).
    Et pour François-Achille, c’est un peu dur à dire mais peut-être valait-il mieux mourir dès le début plutôt que de se taper quatre ans d’enfer… Joli témoignage en tout cas.

    • Pour répondre plus précisément, oui, il y a eu des morts le 11, et même bien au-delà de l’annonce de l’armistice, puisqu’il a fallu que l’info parvienne jusqu’au terrain. A noter aussi, sauf erreur, qu’il y a encore eu des combats dans les Balkans jusqu’en 19 (ce dont parle le film Capitaine Conan). Quant à François-Achille, il est mort en août, et sans doute était-ce mieux ainsi, que de subir Verdun et compagnie. A noter qu’août 14 fut très très meurtrier, avec une journée à 27 000 morts ! (inimaginable chiffre).

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