Autofume, vocalettes et taxiphote

P1100362Mystère, mystère. J’ai en ma possession un exemplaire d’époque de l’Illustration, en date du 4 décembre 1926. Je crois me souvenir l’avoir récupéré auprès de ma grand-mère, mais j’ignore totalement d’où il provient et comment il a fait pour survivre durant 87 ans et échapper au pilon. En cette fin 2013, j’ai pris plaisir à me replonger dans les veilles pages jaunies de cet hebdomadaire qui parut pendant 101 ans, de 1843 à 1944  (et qui possède encore son site officiel d’archivage). Histoire de voir de quoi on y causait, en plein milieu de ces florissantes années 20, baptisées « Roaring twenties », c’est à dire les « années vrombissantes » d’après-guerre (Aujourd’hui, je me demande bien comment on pourrait qualifier les années 2010). A noter qu’en 1926, il ne se passa pas grand-chose de passionnant du point de vue historique, si j’en crois cette page de Wikipédia.

L’exercice de revenir quasiment neuf décennies en arrière fut assez instructif et amusant. Je passe volontairement sur le contenu rédactionnel (quelques textes de Noël et planches lithographiques qui ne sont pas ma tasse de Ricoré) pour m’arrêter sur les publicités omniprésentes (au point qu’on pourrait qualifier la revue de « ramasse-pub »). De ce que j’en comprends, l’Illustration s’adressait à un lectorat plutôt parisien et aisé. Les publicités sont sous forme de dessins ou de texte, les slogans sont souvent naïfs, les agences de publicité n’existent pas encore je suppose (« Chevrette est indispensable à la femme élégante »). Constat immédiat :  la fièvre des cadeaux de Noël existait déjà à l’époque et nombre de publicités y font clairement allusion. Ainsi,  les dames sont invitées, entre autre, à offrir à monsieur l’autofume, un allume-cigare qui « se place sur toutes les voitures ».

1545981_10152119308601054_1597609679_nP1100329Dans cet exemplaire du 4 décembre 1926, on trouve bon nombre de publicités pour la « high tech » de l’époque, liée à l’arrivée (chez les plus aisés) de la fée électricité. Les dames sont ainsi invitées à voir « leur rêve se réaliser » avec l’électro-sécheur universel, un « merveilleux peigne électrique » vendu 52 francs (« taxe de luxe comprise »). « Puis, ondulez-vous vous-mêmes avec l’ondulateur universel » (carrément).

P1100334Et des fois que certaines hésiteraient à demander, cette publicité ci-dessous rappelle que « le cadeau utile est très admis ». Genre l’aspirateur ou la cireuse de parquets (l’éclate).

P1100344La modernité, à l’époque, c’est aussi le mystérieux vérascope ou glyphoscope Richard (des appareils photos, en résumé) et le taxiphote (un projecteur). Ou encore un allumoir électrique  (dont je ne comprends pas trop l’usage, là) et la radio.

P1100374P1100330Beaucoup de « réclames » concernent la voiture, ou ce qui tourne autour (pneus, bougies, carrosserie, huiles). On sent qu’il s’agit d’un marché juteux en pleine expansion, avec des marques disparues (célèbres, comme Panhard-Levassor ou non – Unic), ou qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui (Renault, Champion).
P1100354P1100350P1100348A l’époque, aussi, le luxe est déjà bien présent, surtout à l’adresse de la gent féminine (je n’ai trouvé aucune réclame de parfum ou eau de toilette pour homme).

P1100341P1100355Comme vous le voyez avec les photos ci-dessus, nombre de marques de l’époque existent encore aujourd’hui : Louis Vuitton, Cointreau, mais aussi Viandox ou Heudebert. Le Get  n’arborait pas encore son célèbre 27 mais promettait « fraîcheur, bonne humeur et la santé » (sacré programme pour un alcool).

P1100338P1100339P1100378P1100333En 1926, des préoccupations très actuelles étaient déjà bien prégnantes. En témoigne cette annonce pour les pilules Nella, qui font « maigrir sans flétrir son visage et sans régime odieux » (!). Ou encore cette publicité pour Néobiol à l’adresse des messieurs qui ont des soucis de calvitie (c’est à cause de la séborrhée, qui « rend les nez brillants et les fronts luisants »). Quant à la réclame pour Palmolive, elle tape dans le mille d’un souci très contemporain : « La femme d’un ‘certain âge’ disparaît : aujourd’hui, on demeure jeune ».

1544573_10152119034951054_2022175678_nP1100375P1100346Mon exemplaire de l’Illustration renferme un sacré paquet de réclames pour des produits pharmaceutiques, avec des noms parfois formidables, telles les Vocalettes, à destination des « orateurs, chanteurs et prédicateurs » (rien que ça), la Phosphatine Falières (« aliment idéal des enfants auxquels il donne force et santé ») ou encore le Vin de Vial, convenant, en vrac, aux « convalescents, vieillards, femmes, enfants et aux personnes débiles et délicates ».

P1100377P1100380P1100367Je terminerai ce passage en revue (si je puis dire) avec deux publicités étonnantes (j’en avais des tonnes sous le coude, mais il faut savoir faire le tri). L’une consacrée au maréchal Pétain, qui était encore en 1926 un héros de la première guerre mondiale. L’autre à l’audacieux Théâtrophone, disponible à Paris, « seule ville au monde » dans ce cas, pour les abonnés au téléphone et leur permettant d’écouter de l’opéra chez eux « sans écouteurs aux oreilles, sans immobilisation du téléphone, sans appareils délicats à entretenir ». Le futur ne reculait déjà devant rien…

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Bilan personnel inutile de l’année 2013

379247_10151417388981054_242410401_nPouf, pouf : l’an 2013 est bientôt terminé, et les médias vont donc nous gaver comme des oies avec moult rétrospectives en tous genres (les meilleurs morts de l’année, les plus beaux moments réactionnaires d’Eric Zemmour, etc.) Il m’est donc apparu indispensable de dresser le bilan non nécessaire de ces 12 mois écoulés, car il n’y a pas de raison que moi aussi je ne vous fasse pas perdre un peu de votre temps (de toute façon, si vous êtes sur ce blog, c’est que vous en avez, ne faites pas trop les malins). Alors, en 2013, en quelques mots :

– J’ai eu 40 ans, comme Libé et France 3. J’ai perdu mon travail et mes cheveux n’ont pas repoussé (voilà pour les dossiers qui fâchent).
– Je ne me suis pas mis au yoga ni au taekwondo, je n’ai pas pris de cours de photo, ni de cuisine, ni de bricolage, je suis donc demeuré à peu près nullissime ou ignorant dans toutes les catégories suscitées.
– Je n’ai pas trouvé d’idée géniale pour changer le monde, ni pour écrire le roman qui m’assurera une rente à vie. C’est légèrement agaçant.
– J’ai rédigé quelques articles qui m’ont bien plu à défaut d’avoir assuré ma renommée au niveau international (comme celui-ci ou celui-là ou encore celui-ci).
– J’ai vu apparaître environ 492 boutiques de cigarettes électroniques dans mon quartier (elles en chassent les agences immobilières, c’est dire). Avec cette impression bizarre de vivre entouré désormais de gens qui tètent de gros stylos Bic.
– Je n’ai pas trouvé l’origine de cette photo en haut de l’article avec des gens déguisés en Babar et que je trouve d’une drôlerie magnifique.
– Je n’ai pas joué une seule fois à Candy Crush.
– J’ai réussi à ne pas me battre avec les abrutis qui débaroulent à scooter sur les trottoirs ou avec les cyclistes qui sont prêts à vous rouler dessus pour ne surtout pas s’arrêter au feu rouge. Par contre, je me suis engueulé une fois ou deux dans le métro, mais le sang n’a pas coulé.
– J’aurais presque pu me faire tatouer sur le bras « Ne pas mangé tout le gato » (pour ceux qui ne suivent pas, voir ici).
– J’ai compris grâce à Camille, alias Chou (4 ans), que « Jésus, y va bien mais y’est mort ».
– J’ai appris que des gens étaient payés pour nous rendre la vie plus rugueuse : des directeurs de rédaction aux compositeurs de la musique d’attente de Pôle Emploi. Mais je me suis rappelé qu’il ne fallait « pas souhaiter la mort des gens, car ça les fait vivre plus longtemps » (comme le chante Dominique A.)
– J’ai concocté 22 néologismes pour désigner des tracas du quotidien, fan que je suis du Baleinié. Mon préféré, c’est la pougne. J’ai un faible aussi pour la klépzoute.
– Je voulais aller à Stockholm, Budapest, Reykjavik, Vienne, et Madrid. Bon, ben ça sera pour 2014.
– J’ai réussi à ne pas dépasser le cap symbolique des 60 abonnés sur Twitter. Par contre, je n’ai pas réussi à expliquer à ma mère ce que c’était.
– J’ai ouvert ce blog, qui a atteint le record fou, un jour, de 147 vues en une seule journée. A chacun ses petites victoires.

La liste n’est évidemment pas terminée (j’aurais pu parler de mon nouveau vélo vert ou de mon album préféré de 2013 (*) et que sais-je encore), mais j’imagine qu’à ce stade, j’ai déjà  perdu les 3/4 de mes lecteurs. Pour ceux qui ont eu le masochisme de rester, je leur dis merci, et avec un peu d’avance, une bonne année 2014 (**)

(*) Right thoughts, right words, right action de Franz Ferdinand.
(**) et surtout la santé, car c’est le plus important, la santé !

L’hiver, c’est double nul

P1050593Vous avez senti ? Petit à petit, on y est presque. Les températures négatives, du matin au soir, le froid XXL venu de Sibérie (le truc qui calme bien), la neige, la glace, le vent à vous dézinguer. Tout ça arrive bientôt. Les frimas sont là. Vous n’y couperez pas, moi non plus, ça durera des mois, à devoir se trimballer avec bonnets, écharpes, gants, une double paires de chaussettes (ce qui rend la fermeture de la chaussure quelque peu problématique), des paquets de mouchoir dans les poches, à hésiter entre col roulé et col roulé le matin, à combattre vainement un rhume qui ne s’en va jamais, à monter constamment d’un cran ces saletés de convecteurs électriques qui ne servent qu’à se chauffer eux-mêmes, à dormir avec des chaussettes (et pour certains, des gants), à minuter le temps où vous aérez votre logement le matin (pour éviter que vos appareils électroniques ne décèdent à cause du froid), à boire le soir des boissons chaudes qui ensuite vous obligent à aller faire pipi 15 fois dans la nuit, à regretter de ne plus pouvoir aller boire des apéros en terrasse, bouquiner au soleil ou rêvasser mollement sur un transat, bien tranquille sous un prunier.

Bref, vous l’aurez compris, je n’aime pas beaucoup l’hiver.

Et il me le rend bien.