Londres, what else ?

P1100524A bien des égards, je me sens plus Britannique que Français. Du fait de mes origines nordistes, et de toute cette musique pop anglo-saxonne qui envahit mes oreilles et mes étagères, sans doute. Et puis, j’aime le football, ce qui, en France, correspond à avouer un vice honteux ou une maladie gênante. De fait, quand je vais à Londres, je m’y sens comme à la maison. J’ai eu l’occasion de le revérifier hier, lors d’une journée passée à y crapahuter allégrement (et sous des trombes d’eau, bien entendu). Mais pourquoi Londres est-ce si bien, au fait ?

D’abord, parce qu’une fois passé sous la Manche, on arrive à la gare de Saint-Pancras, coincée entre celle de King’s Cross et la British Library. Sans doute une des plus grandes et belles voûtes ferroviaires du monde. Un chef-d’œuvre des débuts du train. Une cathédrale qui avait été laissée à l’abandon au fil des années. Et qui s’est mise à revivre avec l’Eurostar… et avec les commerces qui s’y sont installés au sous-sol.

P1100496La gare fait partie d’un bâtiment magistral, dans un style néo-gothique impressionnant. Il date de la deuxième moitié du XIXe, à cette époque industrielle où les compagnies ferroviaires se tiraient la bourre pour séduire les clientèles fortunées avec des gares, intégrées à des ensembles contenant des hôtels luxueux. Le lieu a été longtemps inoccupé, on y tournait des films, entre autre. C’est redevenu un hôtel. Il fut question, un temps, de le raser. Merci à ceux qui ont empêché cette folie.

IMG_20140129_114840P1100500P1100502Parce qu’à Londres, on aime dédier des statues à des personnalités, mais aussi à des chèvres :

P1100521Parce que Londres est vaste, et parce qu’on peut y revenir souvent et toujours découvrir de nouveaux endroits, comme le vieux marché de Spitalfields, dans l’East End. Où on peut manger dans un bon restau indien (histoire de sécher un peu après s’être pris des seaux de pluie).

P1100514Parce que Spitalfields et ses environs (Brick Lane, Aldgate, Shoreditch, Liverpool Street) sont un mélange de coins branchés (on y trouve des boutiques ultra tendance) et déglingués. C’est tout ce que j’aime à Londres : cette ambiance, ce mélange du riche et du populo, des vieilles briques des petites maisons avec le verre flambant neuf des immeubles récents, de l’architecture victorienne et des audaces contemporaines les plus poussées.

P1100522P1100526P1100528P1100534P1100539P1100544P1100530P1100538Parce qu’à Londres, le métro est bizarre, parfois difficile à comprendre (il vaut mieux bien regarder les plans, les panneaux et le nom des rames qui arrivent, puisque certaines lignes se partagent des quais, contrairement à Paris), avec ses stations étriqués et vieillottes, parées de briques ou de carrelages. Comme celle de Baker Street, célèbre pour son détective (que j’adore, et qui, au passage, ne prononce jamais le fameux « élémentaire »), où l’on trouve du bois un peu partout ! C’est à la mode et démodé en même temps, brut et raffiné. C’est anglais.

P1100546P1100549P1100552Parce qu’à Londres, il y a Camden Town. Un quartier unique, un îlot alternatif plein d’odeurs, de bruit, de gens, où tout le monde se mélange (punks, touristes, tatoués…) et où se trouve Camden Market, où fourmillent dans un joyeux bric à brac des boutiques de disques, de fringues vintage, de t-shirts, de multiples échoppes où l’on peut « manger un morceau ». C’est en brique, c’est dans son jus, un peu sale, une ville dans la ville.

P1100556P1100555P1100557Parce qu’à Londres, on finit sa journée avec une Guinness sirupeuse dans un pub, à l’abri des hallebardes pluvieuses et en découvrant que le serveur vous a rendu la monnaie avec un billet de 5 livres… écossaises, sans reine (ce que j’ignorais totalement).

P1100558P1100561Parce qu’à Londres, il y a des bus partout et tout le temps. Dont le 214, direction Bow Street via Finsbury. Arrêt à Saint-Pancras. Le temps de passer au Marks et Spencer se payer un sandwich au thon et concombre, au fromage et à la tomate (délicieux/savoureux) de se prendre un yaourt grec et un jus de pomme, et on remonte dans l’Eurostar. Rincé, enrhumé, et heureux.

L’hiver, c’est nul (oui, mais)

P1100468Oui, l’hiver, c’est vraiment nul, mais ça permet de faire ce genre de photos. En été, imaginez : ça dégorgerait de feuilles, de bleu, de lumière, jusqu’à la nausée. La photo, prise au même endroit, n’aurait aucun intérêt. Ici, en janvier, les stries noires sur ciel opalescent, le lampadaire allumé, luttant solitairement contre cette nuit qui tombe à 15 heures, les arbres qui paraissent grimper et s’étaler de façon fractale, créent comme un tableau. Qui pourrait s’appeler « Il est vraiment temps de rentrer à s’baraque ».

Ici, il y avait une gare

cartepostale-39f4eJe suis dans ma période « lieux fantômes ». Après être allé observer le 145 de la rue Lafayette, ce faux immeuble qui cache la ventilation du métro, j’ai pu visiter le week-end dernier l’intérieur de l’ex-Gare de Saint Ouen (ci-contre, au début du XXe siècle), qui fut jusqu’en 1934 une des gares de la Petite ceinture ferroviaire parisienne. J’avais raconté pour Dixhuitinfo.com le projet de réhabilitation de ce lieu mené par la jeune et sympathique équipe du Hasard Ludique, qui souhaite en faire un restaurant bar, une salle de concert de 250 personnes et un lieu de pratiques artistiques. Ils m’ont proposé de venir voir à quoi ressemble aujourd’hui la gare, vide des commerces qui l’ont occupée ces dernières années (dont un Darty), avant les travaux « de résurrection ». Voilà les quelques photos que j’ai pu ramener (et dont certaines ont déjà été publiées dans cet article).

Aujourd’hui, la gare ressemble à ça, à l’extérieur. En fait, elle ne ressemble à rien. La plupart des gens qui passent devant ignorent ce que renferme cette façade moche.

Vue ensemble1D’ici à 2015, si tout va bien, l’ex-gare elle aura retrouvé extérieurement ses allures ferroviaires (à l’intérieur, ce sera autre chose, d’autant qu’il en existe visiblement peu de traces photographiques). Avouez-que ça a quand même de l’allure, sans même en appeler à la nostalgie :

Gare de Saint Ouen petite ceintureA l’intérieur, quand on entre au rez-de-chaussée, on découvre un lieu qui a subi les outrages du temps et de la location à des commerçants. On a bien du mal à imaginer que des gens venaient ici prendre le train : il n’en reste aucune trace. Aujourd’hui, on marche sur un carrelage de tommettes (qui va sauter, pour des raisons acoustiques), des faux plafonds (qui vont sauter aussi, pour ouvrir l’espace vers le toit). Les néons et les infiltrations d’eau finissent de donner un côté glauque à l’affaire, même si le côté désaffecté est toujours impressionnant.

P1100425P1100426P1100427P1100459Ci-dessous se trouvaient les devantures des commerçants (derrière, il y a l’avenue de Saint-Ouen). La future terrasse du Hasard Ludique sera installée là. La façade originelle est enfouie, là, quelque part. Une société spécialisée sera chargée de la faire émerger de tout ce plâtre et ce ciment. De l’archéologie récente, en somme.

P1100433Parfois, quand même, des éléments architecturaux de l’ex-gare apparaissent. Ici, ou là, Des poutrelles métalliques, des pierres taillées… A cet endroit, les passagers descendaient vers les quais.

P1100441P1100435L’architecture industrielle de l’ex-gare est plus flagrante à l’étage, où l’on peut apercevoir certaines structures (qui ne resteront malheureusement pas toujours visibles, pour des raisons d’isolation thermique et surtout sonore, puisque le lieu deviendra une salle de concert, source d’angoisse pour certains riverains). Au fond, sur la deuxième photo ci-dessous, c’est l’arrière de la gare. A terme, il y aura une verrière, et un restaurant avec vue sur les voies et les quais (qui auront besoin d’un bon coup de frais, et restent propriété de Réseau ferré de France). La troisième photo, prise depuis la rue Belliard, montre l’arrière du bâtiment aujourd’hui. Édifiant.

P1100443P11004442013-11-13_15-24-39_140Comme on peut le voir, l’étage a été apprécié des amateurs de tags. L’un d’entre eux devait s’être renseigné un peu sur le passé du lieu.

P1100445P1100452P1100450Il faut vraiment « avoir envie d’en manger », comme on dit, pour se lancer dans la réhabilitation d’un tel lieu. Et il faut des sous, aussi : les travaux coûteront 1,6 million d’euros. Vincent, Céline et Flavie (ci-dessous) parlent du « projet d’une vie ». Bon courage à eux, car il y a des décennies de grand n’importe quoi à faire oublier.

gare-16(photo ci-dessus : Dixhuitinfo.com)

La journée mondiale du tricot

2012-05-31_12-03-50_492Le 21 janvier, c’était la Journée mondiale du câlin. Preuve que c’est du sérieux : les journaux télévisés y ont consacré des sujets (genre, se faire des câlins, ça fait du bien, ce qui semble assez logique quand on y pense). De fait, je me suis demandé quelles autres journées (supposées) mondiales ou internationales existaient. Voilà la liste (1) de ce que j’ai trouvé de plus aérien, et qui finit, vous le verrez, en beauté le 21 décembre.

26 janvier : Journée mondiale de la douane et sur l’éthique (mais quel rapport ?)
2 février : Journée mondiale des zones humides (un peu moisie cette idée)
22 février : Journée mondiale de la pensée (Doliprane pour tout le monde !)
11 mars : Journée mondiale de la plomberie (nos amis polonais sont à l’honneur)
15 mars : Journée mondiale contre la brutalité policière (précision superflue, non ?)
20 mars : Journée mondiale du bonheur (ouais, youpi, cool)
23 mars : Journée météorologique mondiale (un climat pour tous !)
16 avril : Journée mondiale de la voix (du Nord, forcément)
5 mai : Journée mondiale de l’hygiène des mains (mais pas des pieds)
6 mai : Journée internationale sans régime (chocolat et pizzas à donf)
25 mai : Journée internationale de la serviette (honteux oubli des torchons)
11 juin : Journée mondiale du tricot (voir note 2)
28 juin : Capslock Day (UNE TRÈS BONNE IDÉE)
11 juillet : Journée mondiale de la population (la journée des gens, en résumé)
30 juillet : Journée internationale de l’amitié (les voisins ne sont pas concernés)
8 août : Journée internationale du chat (qui dirige le monde, pour rappel)
13 août : Journée internationale des gauchers (tous, même les contrariés)
11 septembre : Journée mondiale du lait concentré sucré en berlingot (!!!)
9 octobre : Journée mondiale de la poste (ah merde, c’est déjà fermé ?)
19 novembre : Journée mondiale des toilettes (sujet mondialement mondial en effet)
20 décembre : Journée internationale de la solidarité humaine (on s’en fout)
21 décembre : Journée mondiale de l’orgasme (oui, oui, oui !)

Vu qu’il reste des dates libres dans ce calendrier bien rempli – je vous ai épargné les dates tristes, comme la Journée mondiale de lutte contre la drépanocytose, le 19 juin – on devrait penser à la Journée mondiale contre les courses au supermarché le samedi, la Journée mondiale contre les gens dont on ne souhaite pas la mort (suivez un peu), la Journée mondiale de la journée mondiale (ça ferait planter le logiciel de la planète) ou encore, je ne sais pas, une Journée mondial pour que les chaînes de la TNT arrêtent de rediffuser des épisodes d’Une femme d’honneur en boucle, ou une Journée mondiale pour que la RATP accepte qu’un ticket de transport commencé dans le bus puisse être continué dans le métro (ce qui n’est toujours pas possible, en 2014, à l’heure où on envoie des robots sur Mars). J’ai quelques d’idées en stock.

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(1) Non, je ne suis pas allé vérifier le sérieux de ce que j’ai trouvé, c’est un billet, pas un article. Et puis je ne voudrais pas découvrir que la Journée du tricot n’existe pas, en fait.
(2) A Perros-Guirec (cf la photo en début d’article), je suis tombé en 2012 sur des gens qui tricotait des vêtements pour des… poteaux. Ne m’en demandez pas plus, j’ai préféré ne pas savoir.

Boules et cocottes

P1100469Le Clap : le Club Abbesses Lepic Pétanque. Il est situé dans une voie privée du 18e, le Hameau des artistes, entre l’avenue Junot et la rue Lepic. Un lieu détonant, lové entre les immeubles, une virgule de verdure avec buvette et terrains de boules à une enjambée de la villa Léandre et de ses maisons hors de prix (et prisées des touristes, qui viennent mitrailler cette rue qui ressemble à tout, sauf à Paris). On rejoint le club par cooptation. Pas question de se pointer là et de proposer une partie de pétanque à la cantonade : il faut être invité par un membre, faire profil plutôt bas puis espérer être accepté. S’y croisent des gens de toutes sortes et de tous âges (enfin, surtout des hommes, quand j’y suis allé) venus jouer aux boules, aux cartes, fumer des roulées et boire des coups. Il y a des « gueules », ça se chambre, ça claque la bise, ça tape dans le dos, ça bavasse. Il y a de la « pâte humaine », comme on dit. La capitale et ses turpitudes politiques ou médiatiques restent à la grille de l’entrée. Dans l’allée, il y a des poules, qui, tranquilles, baguenaudent.

Brunante à Barbès

P1100421Ah, le vocabulaire magique de nos cousins québécois. Chez eux, « l’heure bleue » s’appelle la « brunante ». Il s’agit du moment où la nuit commence à prendre le dessus sur le jour déclinant. Ce n’est plus le jour, pas encore la nuit, entre chien et loup. Les cinéastes apprécient l’heure bleue pour son atmosphère particulière, mais puisqu’elle est fugace, ils recourent souvent à des filtres pour la simuler. Ce vendredi, à 17h56 (difficile d’être plus précis) en sortant du cinéma Le Louxor – dont je reparlerai à l’occasion -, je me suis trouvé en pleine « brunante ». Barbès est un coin généralement détesté de la capitale (pas par moi), mais là, tout était beau, entre l’enseigne Tati et son rose layette célèbre, le pont du métro, le feu rouge qui semble s’étirer sans fin, ce ciel fabuleux. Petite joie urbaine, simple.

De l’art d’empiler les chaises

1501424_10152145512896054_1152766710_oLa bonne photo, c’est 9 fois sur 10 celle qui vous tombe sur le coin du bec sans crier gare (« gaaaaaaare » !?). Me trouvant au Jardin des Tuileries, après avoir renoncé à faire – à la louche – 8 heures de queue pour voir l’expo consacrée à Frida Kahlo (et à son amoureux dont j’ai oublié le nom, mais il ne m’en voudra pas), j’ai aperçu, en bas d’une des deux rampes cet empilement magnifique de chaises et de fauteuils métalliques, mis à disposition des promeneurs des touristes pendant les beaux jours. J’ai trouvé ça léger, très graphique, cocasse, ça me faisait penser à des vagues (du genre qu’on n’aimerait quand même pas pas se prendre sur la figure) et j’ai eu une pensée solidaire pour celui ou celle qui avait dû se colleter un tel rangement. N’ayant pas mon appareil photo, j’ai quand même pris des clichés avec mon vieux Motorola Defy, pas très doué pour l’exercice. Mais pour le coup, il s’en est bien tiré, la lumière étant suffisante, et le sujet à prendre pas trop lointain. Et voilà comment on repart sans avoir vu une exposition, mais avec une chouette image dans la boîte. Ça m’a fait la journée. Il faut savoir se rattraper sur les petits lots de consolation, parfois plus savoureux que les premiers prix.

Il ne faut pas souhaiter la mort des gens

277652_10150304890031054_8255321_oIl faut bien avouer que si on est toujours le con d’un autre, cet autre sait parfois aussi y faire pour nous moisir la journée, la semaine, la vie, jusqu’au trognon. Et dans ces cas là, on se dit : « Mais va donc mourir, empaffé » (oui, ça peut être plus vulgaire que ça). Mais c’est peut-être une erreur. Car, comme le chantait Dominique A. il y a quelques années, « il ne faut pas souhaiter la mort des gens, ça les fait vivre plus longtemps ». Je suis sûr qu’il a raison. Il vaut mieux ne pas prendre de risque.

Alors, en ce jour de la Saint-Guillaume (hop, vas-y comme je te le place), j’ai bien réfléchi, et je ne souhaite pas la mort de tout un tas de gens. Parmi eux se trouvent (liste non exhaustive, je précise) :

– Les livreurs de pizzas à scooter qui fendent la bise à 159 km/h en ville, en sens interdit, sur les trottoirs, et si besoin, sur les gens eux-mêmes (bon, ok ils sont obligés par leurs patrons de foncer mais n’empêche, ce sont de grands malades).
– Les adultes en trottinette. Laissez ça aux gosses, par pitié. Ou alors, apprenez à freiner (et arrêter de tapoter sur votre téléphone en même temps)
– Les gens dans le métro qui considèrent que le siège de devant fait office de repose-pieds, ou qui s’étalent sur le leur comme si personne d’autre n’existait : « J’occupe 1,5 siège, et alors, où est le souci ? ». Le souci, c’est que si je voulais faire pareil, il faudrait 3 sièges pour deux, voilà le souci. Ça ne colle pas, d’un point de vue arithmétique.
– Dans le métro toujours, les amoureux qui se galochent goulûment au petit matin devant vous, quand la rame est bondée et que la promiscuité avec votre voisin transpirant est déjà la limite haute de votre amour de l’humanité. Ça ne peut pas attendre, juste un peu ?
– Dans le métro (ou le train, ou le bus, ou tout espace un peu clos) la personne QUI PENSE QUE SA CONVERSATION AU TÉLÉPHONE INTÉRESSE TOUT LE MONDE, GENRE MOI J’AI UNE SUPER VIE ACTIVE ET PLEIN D’AMIS QUI POSTENT DES PHOTOS DE SOIRÉE SUR FACEBOOK ET AVEC LESQUELS JE PRÉPARE LES PROCHAINES VACANCES AU SKI.
– Ceux prêts à tout, comme pousser des vieillards (et vous avec) pour passer devant et avoir les meilleurs places dans la rame, ou le bus ou le bateau. La classe. L’humanité au top.
– Le directeur du supermarché qui croit que vous avez forcément envie d’entendre du Johnny Hallyday pendant que vous faites vos courses.
– Les collègues qui vous racontent par le menu en arrivant le matin leur gastro de la nuit. Non, même sous la torture, c’est interdit de faire ça.
– Les parents qui emmènent leurs enfants de 5 ans à des expositions ardues et sur-bondées, genre le Titien au Musée du Luxembourg, afin de leur expliquer « les caractéristiques et enjeux de l’art du portrait de l’école vénitienne » du 16e siècle. A 5 ans. Et ils leur lisent du Søren Kierkegaard le soir pour les endormir aussi ?
– Les parents (parfois les mêmes qu’au-dessus) béats d’admiration devant leurs enfants qui animent la terrasse du café à grands coups de hurlements, de cris, de courses poursuites et de verres fracassés. Non, l’enfance n’est pas QUE belle.
– Au club de sport, celui/celle qui part prendre sa douche en laissant soigneusement toutes ses affaires sales et de rechange, son sac, ses chaussures, sa bouteille d’eau sur le banc devant son casier, car il a la flemme de tout ranger. Il fait comme chez lui et les autres n’ont qu’à s’asseoir par terre ou se changer debout, espèce inférieure qu’ils incarnent.
– Au club de sport toujours, celui/celle qui abandonne sa bouteille de gel douche vide (« hé hé hé, un abruti ira bien la jeter, pourquoi s’emmerder ? »), ou qui pense qu’au sauna, égoutter sa sueur AU-DESSUS du calorifère est une chouette idée. Non : ça n’est pas chouette.
– Au cinéma, celui ou celle qui arrive en retard, se place évidemment derrière vous et vous met soigneusement des coups de genou dans le dos. A intervalles réguliers. Et il/elle parle, aussi, tant qu’à faire comme chez Mémé (cf. le Pchipchipchipchi).
– Les voisins du dessus (ou du dessous) qui grattent/poncent/cloutent/perforent/ratiboisent/cassent/percent/aspirent/abattent-des-murs les jours fériés et les week-ends, dès 8 heures du matin. Pourquoi 8 heures ? Rien de tout ça ne peut attendre 9h30 ?
– Les voisins du dessous (ou du dessous) qui pensent qu’ululer  « WHOUOUOUOUOUOU » régulièrement lors d’une fête chez eux, avec leurs amis, signifie que ladite fête est plus folle. Non, elle est juste plus pénible, pour le coup. Surtout si on y repasse 40 fois la chanson où Téléphone rêve « d’un autre monde ». Vous aussi, de fait.
– Le nouveau boss qui arrive avec des diapositives Powerpoint de son nouveau projet de réorganisation « pour trouver de nouvelles synergies et s’adapter à un marché qui ne cesse d »évoluer » (c’est un plan social, en résumé). Et exige de l’enthousiasme.
– Les gens qui disent « en Avignon », « solutionner » ou « digital » (à la place de numérique).
– Le voisin de théâtre, de cinéma, d’avion qui s’approprie sans discussion l’accoudoir commun, comme si tout lui revenait de droit divin (cf. la klepzoute).
– Les gens qui programment les musiques d’attente de centre d’appels. Par extension ceux qui les composent, parfois, et sont même payés pour ça.
– Ceux qui vous font des appels de phare sur l’autoroute alors qu’ils sont encore loin derrière vous, très très loin. « Pousse toi, vermine », ça signifie, « laisse passer Bibi avec sa grosse voiture allemande, toi qui roule en Peugeot 207 ».
– Les gens qui klaxonnent dans un embouteillage. Sérieux, POUR-QUOI ? A-t-on jamais observé qu’un vulgaire « Pouêt » dégageât une rue ?
– Et enfin, pour finir, la crème de la crème, mesdames et mesdames : les individus qui ont une poussette dans les mains, et s’imaginent alors dotés d’un super-pouvoir : celui d’avoir tous les droits sur l’occupation du trottoir ou du bus, et exigent des autres qu’ils s’écartent sur le champ, qu’ils s’évaporent, mieux : qu’ils n’aient jamais existé. Une poussette contre le reste du monde. Un flingue, à côté, c’est de la rigolade.

Hmmmm, oui, je suis cynique, personne n’est parfait et la vie n’est pas toute rose, alors pourquoi être si méchant ? Bah, une petite liste comme celle-là n’a jamais tué personne.
Non ?

J’ai vu un immeuble fantôme à Paris

L’information avait circulé et « fait le buzz » il y a quelques mois sur Internet (alors que ce n’était pas une vraie actu) et retenu mon attention : la présence au 145 rue Lafayette, à quelques encablures de la Gare du Nord, d’un faux immeuble. Qui a tout l’air d’un vrai. Je suis allé sur place voir par moi-même ce bâtiment fantôme, où personne n’habite ni ne squatte et dont la plupart des passants ignorent la facticité (beaucoup m’ont ainsi regardé bizarrement quand je prenais mes photos). A première vue, rien ne le distingue effectivement des autres :

P1100382En pratique, cette fausse façade – en vraie pierre de taille – masque une énorme cheminée d’aération de la RATP, propriétaire des lieux. Chose que l’on peut vérifier aisément via l’image satellitaire fournie par Google. On voit bien qu’il n’y a rien derrière, à part des grilles.

Capture d’écran 2014-01-07 à 18.17.38En zoomant à travers quelques fenêtres ouvertes, on peut apercevoir certaines de ces grilles métalliques.

P1100394Au rez-de-chaussée se trouvent une porte d’entrée et de garage en (faux) bois. Bizarrement, la façade affiche peu de tags (qui pullulent pourtant à Paris), stickers et coups de feutres (« Bibiche, je t’M ») en tous genres. La RATP entretient spécifiquement ce lieu, il faut croire, comme en témoignent les coups de peinture niveau rue, plus ou moins récents.

P1100395P1100399 P1100398Cet immeuble illusoire est évidemment sale, mais pas davantage que d’autres, bien réels, eux, dans la capitale (pourtant soumise à des règles drastiques en matière de ravalement). Les concepteurs de ce camouflage architectural ont même poussé le sens du détail jusqu’à placer un faux balcon au niveau du deuxième étage. Juste en dessous, quelqu’un a réussi à se hisser pour aller placarder un autocollant « Respect droit de grève ».

P1100388P1100397Se retrouver devant cet artifice laisse une drôle d’impression. Ce décor planté au sein d’une rue animée rend songeur. On a envie d’entrer, voir ce qu’il y a derrière les apparences, alors qu’il n’y a évidemment rien de bien ragoûtant à dégoter (des grilles, de la saleté, de la ventilation, du bruit, l’odeur de croquette du métro, de l’amiante probablement). Selon 20 minutes, ce faux bâtiment date des années 80 et de la mise en place du RER B. Il en existe d’autres (mais combien) dans la ville, comme rue Auber. Je me demande si d’autres grandes villes françaises ont aussi droit à ces imitations ?

Dans mes recherches sur cette curiosité urbanistique, je suis tombé sur ce passage tiré de l’excellent Pendule de Foucault du génial Umberto Eco (que j’ai lu il y a bien longtemps : je n’ai pas gardé souvenir de cette mention). Il faut dire que le lieu collait admirablement à ce  roman érudit, parsemé d’énigmes et de théories complotistes. Voici ce qu’il écrivait en 1992 :

– N’avez-vous jamais été au numéro 145 de la rue Lafayette?
 —- J’avoue que non.
 —- Un peu hors de portée, entre la gare de l’Est et la gare du Nord. Un édifice d’abord indiscernable. Seulement si vous l’observez mieux, vous vous rendez compte que les portes semblent en bois mais sont en fer peint, et que les fenêtres donnent sur des pièces inhabitées depuis des siècles. Jamais une lumière. Mais les gens passent et ne savent pas.
– Ne savent pas quoi?
– Que c’est une fausse maison. C’est une façade, une enveloppe sans toit, sans rien à l’intérieur. Vide. Ce n’est que l’orifice d’une cheminée. Elle sert à l’aération ou à évacuer les émanations du RER. Et quand vous le comprenez, vous avez l’impression d’être devant la gueule des Enfers; et que seulement si vous pouviez pénétrer dans ces murs, vous auriez accès au Paris souterrain. Il m’est arrivé de passer des heures et des heures devant ces portes qui masquent la porte des portes, la station de départ pour le voyage au centre de la terre. Pourquoi croyez-vous qu’ils ont fait ça?
– — Pour aérer le métro, vous avez dit.
– — Les bouches d’aération suffisaient. Non, c’est devant ces souterrains que je commence à avoir des soupçons. Me comprenez-vous?

Il n’y a nulle gueule des Enfers ici. Juste un gigantesque conduit d’aération camouflé par une façade en pierre. Mais c’est déjà pas mal, quand on aime comme moi les incongruités de la ville.