Mais ouais, des cailloux !

2014-03-28_16-33-32_190L’autre jour, en vous parlant de la petite dame qui est morte (mais, en fait, non, si vous avez bien suivi, merci), j’avais glissé une notule sur les enfants du square des Cloÿs, qui n’aiment rien tant que venir s’ébrouer sur les cailloux du petit jardin japonisant. J’ai systématiquement pu vérifier l’attrait que ce coin exerce sur les mioches. Encore l’autre jour, deux spécimens m’ont permis de faire cette photo, qui vous prouve donc que je ne délire pas. Les cailloux, c’est quand même le top, il faut dire. Nous, les adultes aveuglés par nos soucis, nous n’avons pas conscience du potentiel de ces trucs, mais il faut les voir, les loustics, s’amuser en amasser de pleines poignées, et à les envoyer voler en l’air un peu partout (et surtout sur ma tête ou dans mes yeux, la plupart du temps). Quelle joie de s’en remplir les poches, comme un trésor précieux, pour ensuite les transvaser et aller les balancer en l’air sur d’autres têtes. Ou sur les copains. Ou sur l’arbre/les plantes (j’ai remarqué cette curieuse manie). Quel pied d’en faire des tas, et de shooter ensuite dedans avec frénésie. Quelle jubilation de se rouler dessus, ou d’y enfoncer généreusement les genoux (qui prennent un x, comme cailloux, tiens tiens (1)). Quel plaisir peut s’avérer supérieur à celui de venir verser de l’eau ou de la boue sur des cailloux blancs, hein ? La poussière, l’eau, le carton, la ficelle (et je ne parle même pas des vrais jouets) ne permettent pas autant d’options. Les cailloux sont indépassables.

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(1) Si vous avez un souci avec les x en fin de mots, tentez donc de mémoriser cette expression :  « Viens mon chou, mon bijou, mon joujou, sur mes genoux, et jette des cailloux à ce ripou de hibou plein de poux ».

« Elle est morte, la petite dame ? »

2014-03-20_14-04-59_283Le square des Cloÿs (1) est un petit îlot de verdure, près de chez moi. Quand il fait beau et que je le peux, je vais y bouquiner. Ces derniers jours, printemps précoce oblige, j’y ai fait un passage quasi quotidien. J’ai pu constater que s’y retrouvent chaque jour à peu près les mêmes personnes, pour la plupart âgées, forcément. Venues là prendre un peu de lumière, et « babelutter » comme on dit dans mon Nord natal (c’est à dire papoter, genre beaucoup). Il en va ainsi d’Esther, une dame âgée distinguée, invariablement présente sur un des bancs du petit jardin japonais (2), lisant la biographie de Marthe Mercadier (!) ou bavardant avec un couple de connaissances.

Un après-midi, un monsieur passe devant des dames assises en rang d’oignon sur un des bancs. Il s’arrête pour leur parler, et voilà que je l’entends s’exclamer : « Oh non, elle est morte la petite dame ? ». Oh la la ! Sur le coup, j’ai été persuadé qu’il s’agissait d’une petite dame que je vois souvent au parc ou que je croise dans la rue. Vraiment petite : pas naine, mais plutôt lilliputienne. Un format de poche. Quand elle s’assoit sur un banc, ses pieds ne touchent pas par terre ! C’était un peu triste comme info (même si je ne la connais pas personnellement). Je me suis perdu en questionnements. Était-ce bien elle ? Il y avait de fortes chances. Si oui, que lui était il donc arrivé ? Merde, quoi ! La petite dame…

2014-03-20_14-19-30_551Mais un ou deux jours plus tard, le miracle du square des Cloÿs a eu lieu. La petite dame, du haut de son vaillant 1 mètre 12, est réapparue d’entre les morts, en meilleure forme que jamais. Alléluia ! Joie ! J’étais soulagé. Elle n’était donc pas décédée, il s’agissait – le quartier semble bien fourni en la matière – d’une autre petite dame (désolé pour elle, car quelqu’un est finalement trépassé dans cette sombre affaire). La mienne, de petite dame, avait survécu à la Faucheuse. Elle pourra continuer à venir au parc des Cloÿs quand le soleil darde ses rayons, pour y voir ses copines, « babelutter », s’asseoir sur le banc, sans que ses pieds touchent le sol. La mort attendra, pour le coup.

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(1) Quel joli mot que ces « Cloÿs », non ? Selon une rapide recherche sur l’Internet, le mot viendrait de l’ancien français « claye », treillis d’osier pouvant servir de clôture.

(2) Un mot sur ce jardin japonais, où les bancs se font rares (les Japonais n’aiment pas les bancs ou quoi ?). Il est rempli de cailloux blancs. Et les enfants apprécient particulièrement les cailloux (blancs ou non). Offrez leur des jouets d’enfer, non, ils préféreront évidemment les cailloux (ou la poussière, les chiffons, les bouts de carton). Car les cailloux, eux, on peut les malaxer, en faire des monticules, se vautrer dedans, et surtout, les jeter dans tous les sens. Et surtout sur les bambous et les gens venus là, innocemment, lire des biographies de Marthe Mercadier (ou autre). L’enfer, c’est les autres, et parfois, surtout leurs enfants.

Les tracas du quotidien continuent

Capture d’écran 2014-02-11 à 14.14.14Nunoule (n.f.) : étiquette du pull qui dépasse systématiquement.
Ousse-nunoule (n.f.) : … et qui vous irrite la peau du cou.

Capture d’écran 2013-11-07 à 17.42.59Pralouter (v.i.) : engloutir la plaquette de chocolat entière alors qu’on s’était promis de n’en manger que « deux petits carrés ».

Pod-podek (n.) : personne de grande taille placée devant vous à un concert.
Ousse pod-podek (n.) : et qui filme tout avec son téléphone.

Capture d’écran 2013-11-13 à 18.33.17Chipougne (n.f.) : liste de toutes les courses à faire oubliée à la maison sur le meuble de l’entrée.
Ousse-chipougne (n.f.) : vieille liste de courses retrouvée au fond d’une poche en cherchant celle du jour.

Maintenant, il nous faut un homme de parole

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Bientôt les élections municipales. Ça m’a rappelé qu’en 2007, juste avant les présidentielles, des petits malins avaient eu l’excellentissime idée de réimprimer d’anciennes affiches électorales (sauf erreur, celles de 1981) et d’en placarder dans mon quartier au matin du premier tour. Un bond dans le passé inattendu et amusant. On appréciera la photo et la simplicité du slogan de Marchais : « L’anti Giscard » (difficile de faire plus direct, je pense). Celle de Chirac est assez savoureuse également, sourire esquissé, poing dans la main, lunettes sur le nez et slogan simpliste (« Jacques Chirac, le président qu’il nous faut »). Ces derniers temps, j’ai d’ailleurs pu apercevoir dans la rue des t-shirts ironiques arborant photos ou affiches de notre illustre Corrézien né à Paris. Dont celui-ci, clope au bec. « Le passé ne meurt jamais, il n’est même pas passé » a écrit Faulkner.

Lettre à M. Thierry, mon « technicien de quartier »

P1100701P1100700Cher M. Thierry, c’est moi, votre « cher voisin ». Ce petit mot pour dire que j’adore celui que vous avez laissé dans ma boîte à lettres, l’autre jour (et dans toutes celles de mes voisins, à en juger par ceux abandonnés par terre ou dans la poubelle). Votre « flyer » photocopié m’a donné le sourire et m’a ému. A l’heure du Web, du multimédia, des traitements de texte, de la photo numérique, de Facebook ou Twitter, vous avez choisi, vous, de faire la nique à la modernité, et de tout rédiger à la main. Avec de petits dessins pour qu’on comprenne bien (je suis fan de votre cuvette de WC croquée au verso, même si ce qui en sort me laisse un peu songeur ; votre clé est un peu bâclée, par contre). Votre seule concession au numérique : une adresse e-mail, et quelques mentions délicieuses (« reproduction interdite ») écrites avec un ordinateur.

M. Thierry, je goûte aussi votre art de la formule. Vous vous présentez comme notre « nouveau technicien de quartier ». Je n’avais jamais imaginé que cette fonction existât. J’adore, ça fait un peu garde-champêtre urbain. Et puis ce « nouveau » m’intrigue aussi : venez-vous de vous installer dans le quartier ? Ou alors remplacez vous un autre technicien de quartier, parti à la retraite ou vers d’autres horizons ? En tout cas, avec vous, pas d’angoisse : vous intervenez partout en Ile-de-France, 7 jours sur 7 et à toute heure du jour et de la nuit (vous ne dormez jamais, chapeau, mais apparemment, ça fait bien gonfler la facture finale, avec un inquiétant « +100% de majoration » de minuit à 7 heures) et vous affrontez sans crainte toutes les galères du quotidien. Vous êtes un peu le Rémi Bricka des enfers ménagers, de la serrure à changer jusqu’à l’engorgement des toilettes.

M. Thierry, je suis aussi fan de votre sens pratique. Vous savez souligner les mots clés, utiliser les encadrés, ou nous inviter à vous enregistrer dans notre téléphone mobile sous le nom « travaux ». C’est bien vu (car il est vrai que « M. Thierry », on pourrait à terme se demander de qui il s’agit). Avec intelligence, vous avez aussi su mettre un peu partout les mention « 7j/7 » et « 24h/24 », des fois qu’on douterait, bêtas que nous sommes, de votre entière disponibilité. (Par contre, je l’avoue, le petit « a » placé au milieu de la croix au revers de votre prospectus me rend songeur, je ne l’explique pas).

M. Thierry, votre épatant petit papier écrit à la main est peut-être une stratégie redoutable pour « faire vrai », « local » et « artisan du coin », pour sortir du lot des milliards de prospectus largués dans notre boîtes à lettres, chaque jour. Peut-être avez vous fait des études de marché pour savoir comment sortir du bruit ambiant, là où vos concurrents nous assomment avec des petits cartons hypocrites, qui comportent des numéros de téléphones pratiques, histoire qu’on les garde sous le coude. Si ça se trouve, vous êtes plusieurs hommes à tout faire à vous abriter derrière ce pseudonyme rassurant de « M. Thierry », bien lovés au sein d’une grosse entreprise qui n’hésitera pas à facturer au prix fort le moindre pépin de plomberie aux pauvres naufragés des tracas domestiques que nous sommes.

Mais face à ces interrogations, je choisis d’être volontairement naïf, et de croire que quelque part, pas loin de chez moi, vous existez, M. Thierry. J’ai envie de vous imaginer, rédigeant vos petites publicités à la main, avec application et détermination, feutre en main, droit dans vos bottes de sauveur, prêt à intervenir à toute heure du jour et de la nuit chez moi, en cas de catastrophe sanitaire ou électrique. Je vous imagine chaleureux, bonhomme, sans doute moustachu et un peu enveloppé. Je vous salue, M. Thierry, technicien de quartier, disponible 7 jours sur 7, et 24 heures sur 24.

Signé : votre cher voisin.

Livre, mon ami

P1100683P1100684Passage Verdeau. Une boutique fermée ce jour-là, avec, en vitrine, cette jolie phrase. Un peu plus loin, un homme au bonnet bleu (et non rouge) farfouille. Dans dix ans, voire moins, je suppose qu’on trouvera là des magasins de coques pour téléphones mobiles ou de fringues. « Les gens achètent vraiment tant de fringues que ça ? » s’interrogeait Etienne Daho dans une interview récente. On peut se le demander.