A dada sur ma frontière

1609807_10152333714906054_2412951121086553749_nOui, ce sont mes pieds. Non pas que je les aime au point de les prendre en photo, mais l’autre matin, je me trouvais sur la nouvelle place Jacques Delors, à cheval sur les communes d’Halluin (dont je suis originaire) en France et celle de Menin (en flamand, Menen, pour nous, les hommes) en Belgique (1). Avant la construction de cette place – qui devait être le paradis des piétons et sert évidemment de parking à bagnoles – la frontière franco-belge était délimitée par des rues : Busbekstraat d’un côté, la rue de la Lys de l’autre. La frontière passe désormais au milieu de cette place. Elle est matérialisée par de gros points en caoutchouc au sol, d’une inélégance assez remarquable, il faut bien le dire. Mais ils permettent de faire cette chose stupide que de se photographier, un pied dans un pays, l’autre dans un autre. Cela ne sert à rien, bien entendu, mais ça m’a amusé, ce « petit écart » international. Il faut dire que j’ai grandi avec cette idée de frontière, comme tous les Halluinois. L’étranger, cela a toujours été au bout de la rue, là, pas loin, de l’autre côté de rivière La Lys, ou aux « Baraques » (Barakken), ces commerces de la rue de Lille (« Rijselstraat ») autrefois halluinoises et proches de la frontière française, où la région vient depuis toujours s’approvisionner en cigarettes, alcools, chocolats, fleurs et plantes.

En quarante ans, tout a bien changé. La frontière a disparu physiquement, avalée par Schengen, l’euro fort a remplacé les faibles francs français et belges, la langue française est devenue « tricarde » au profit du flamand, côté belge (les panneaux indicateurs ne se soucient plus trop de ceux qui ne connaissent pas ce dérivé du néerlandais, il faut faire avec ; la frontière est linguistique, désormais, et de plus en plus forte). Les bâtiments industriels textiles, avec leurs jolies briques rouges, ont pour l’essentiel été rasés côté français (alors que des milliers d’ouvriers s’y pressaient fin jusque dans les années 60). Les magasins de cigarettes et de liqueurs, côté belge, eux, sont de plus en plus grands et laids.

Je me souviens, petit, des bouchons provoqués par les douaniers, quand ils décidaient de mairie_00226faire du zèle. Je me rappelle aussi des postes frontières qu’il fallait franchir, sur l’autoroute, cela avait un côté aventureux, un peu magique, mystérieux. Aujourd’hui, les douanes sont volantes, invisibles, comme les frontières. Il ne reste de tout ça que des gros points en caoutchouc collés au sol, auxquels personne ne prête attention. Quel intérêt, de toute façon ? Les gens viennent là pour acheter des cartouches de clopes, pas pour se rappeler qu’avant, il y a longtemps, le trafic de tabac était mairie_00235surveillé de près par des douaniers qui dormaient en pleine campagne, si besoin, avec leurs chiens. La douane française n’a gardé que sa façade, reconvertie en logements. Le no man’s land, lui, un carrefour entre les deux communes, et où eurent lieu des mariages « à cheval sur la frontière », pendant la deuxième guerre mondiale, a disparu dans le réaménagement de l’endroit. Il n’existe même pas un petit panneau qui rappelle ce qui se passa, là, il y a quelques décennies, en ces moments troublés. Tout passe. Du moment qu’il y a des parkings pour les voitures.

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(1) Un jour, je ferai sur ce blog un billet sur les bizarreries franco-belges ou belgo-belges du coin, comme cette commune coupée en deux par la frontière, Werwicq-Sud côté français, Wervik côté belge, ou Comines-Warneton, commune belge voisine de la française Comines, une enclave wallonne coincée entre la Flandre Occidentale belge et le Nord (flamand) français, ou bien encore Menin, la commune voisine d’Halluin, où l’on commerce depuis toujours avec la France et où réside une importante communauté francophone, mais où il est désormais interdit aux fonctionnaires communaux de s’exprimer en français (ils doivent utiliser des pictogrammes pour se faire comprendre). Ah, la Belgique…

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Une réflexion au sujet de « A dada sur ma frontière »

  1. Ping : Bilan à peu près inutile de l’année 2014 | Encore un fripi !

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