Chimères urbaines

Les murs du 18e sont bavards ces temps-ci. Après les Haddock modernisés de Combo, j’ai pu croiser ces jours-ci les curieuses créatures chimériques dessinées par le street artist Codex Urbanus, qui réside dans l’arrondissement.

IMG_20141018_181341J’avais déjà repéré certaines de ces curieuses bestioles, toutes numérotées et nommées (« Helix octopus », « Hystrix Giraffa »…) et offertes aux passants. Mais je n’avais pas été assez prompt à les photographier (les œuvres de rue ont tendance – pas toujours, mais très souvent – à rapidement disparaître sous les coups de pinceaux municipaux ou les tags stupides, que je déteste). Cette fois, j’ai pu en capter deux d’un coup.

Pour ma part, j’affectionne ces productions faites à la peinture et au feutre, qui font penser à ces cabinets de curiosités remplis de dessins et de bestioles sous verre. Dans une interview donnée à Street Art, Codex Urbanus explique s’être inspiré de géants de la Renaissance, comme Jerôme Bosch ou Léonard de Vinci, ainsi que des surréalistes. Il dit faire écho « aux anciens codex médiévaux ou aztèques ». « Le premier objectif est sans nul doute d’offrir un peu de rêve au gens, et d’embellir des murs moches (je ne peins jamais sur de la pierre de taille par exemple). J’aime voir l’interaction des gens avec mes animaux, les voir prendre des photos… » raconte-t-il. Son travail se fait la nuit, de façon furtive, pour éviter les ennuis. J’aimerais bien le rencontrer, et pourquoi pas, le voir en action. Cela ferait un bel article, nocturne et déambulatoire.

Autre œuvre de rue repérée récemment, qui figure un couple sous un parapluie. Je n’ai pas identifié l’auteur de ce collage. En tout cas, sans le vouloir, je l’ai pris en photo à côté d’une boutique de chauffage, et c’est ce qu’on appelle un heureux hasard. Je vous  le pose, là, comme ça, pour le plaisir.

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C’était la modernité

10626730_10152707555221054_5441459065857239610_nL’autre jour, descendu je ne sais plus pour quelle raison dans la minuscule cave de ma grand-mère, je suis tombé sur ça. Ce téléphone filaire, des années 70, ou 80, je ne sais pas exactement. J’ignore pourquoi elle l’a conservé (sans doute le voit-elle comme un appareil de secours ?) En tout cas, ce modèle, tout de kaki et de beige revêtu (il y a eu aussi des versions en orange, ivoire, bleu) je m’en souviens bien. Chez mes parents, il avait un jour remplacé le modèle gris souris à cadran rotatif, vous savez, celui à l’intérieur duquel figuraient les numéros d’urgence. A cette époque, la téléphonie était encore affaire publique, et il existait donc des modèles distribués par les PTT. Ce téléphone, à mes yeux, incarnait une forme de modernité, avec ces touches permettant de composer très rapidement un numéro. C’était un tout petit bond technologique, mais un bond quand même.

Par association d’idées, ce téléphone stocké à la cave m’a fait penser à d’autres bascules high tech durant l’enfance. Je me suis rappelé ainsi de mon tout premier ordinateur, aquariusun Mattel Aquarius (1), doté de chouettes touches bleues mais peu pratiques (guère sensibles, elles me contraignait à appuyer fortement, avec le risque ensuite de rester enfoncées). Je le trouvais magnifique, tellement moderne, moi, qui à l’époque, rédigeais de petits journaux à la machine à écrire et au papier carbone (j’ai malheureusement eu cette vocation de devenir journaliste étant petit). Il y a quelques années, j’ai retrouvé dans la cave de la maison de mes parents (c’est fou tout ce qui finit à la cave, quand on y pense) cet Aquarius. Ne pouvant me résoudre à l’envoyer finir dans un bac de déchetterie, je l’ai expédié à une association, Silicium qui réalise un magnifique travail de récupération et conservation des vieilles machines.

Ce petit PC était si limité que je ne m’en suis servi que pour tapoter quelques lignes de Basic, et il a été remplacé un jour par un des musts de l’époque, l’Amstrad CPC 6128, avec lecteur de disquettes, sur lequel j’ai beaucoup joué effectué mes premières armes en SONY DSCmatière de traitement de texte. Mais il y a eu aussi, comme machine phare de mes jeunes et chevelues années, ma bienaimée console de jeu vidéo Mattel Intellivision (2) (donnée par ma mère à je ne sais qui, la machine ayant fini un jour par échouer vous savez où). Un véritable trésor pour moi, elle incarnait un grand saut en avant vers le futur. Je me souviens de cette décoration simili-bois sur le devant – drôle d’idée quand on y pense – et des manettes de jeu qui se rangeaient sur le dessus, dans un emplacement spécifique. Elles étaient dotées de chiffres sur le devant : en pratique, chaque cartouche de jeu s’accompagnait de cartes plastifiées, à glisser dans la manette devant lesdits chiffres, lesquels avaient une fonction précise propre à chaque jeu. (Là, vous vous dites peut-être que je m’égare dans les détails, certes, mais cette histoire de cartes me reste vraiment gravée dans la tête). Certaines cartouches ont bien chauffé, à l’époque, TILT%20-%20n%B024%20-%20septembret%201985%20-%20page001comme Burger Time, Happy Trails, Q-Bert ou Beamrider. Les jeux étaient peu sophistiqués, mais mon cousin et moi étions vraiment fondus de certains. Autre madeleine mémorielle : nous achetions Tilt à l’époque (3), le premier magazine français causant de jeu vidéo. Et chaque numéro était religieusement feuilleté, je peux vous le garantir.

Pour finir ce billet rétro-futuriste, et non exhaustif (il aurait fallu aussi parler du Minitel, de mon Amstrad, de mon « walkman » Sony, des premiers CD), deux choses. J’ai récemment été amusé de voir dans un épisode de The Americans, série contemporaine mais se déroulant dans les années 80, qu’il était question de ma console Intellivision (elle n’a donc pas été totalement oubliée, merci). Enfin, pour en revenir à ce téléphone trouvé chez ma grand-mère, vous remarquerez qu’il est doté d’une touche « # ». J’ignore totalement à quoi elle pouvait bien servir alors. Il s’avère que ce « # » est aujourd’hui le signe utilisé pour taguer des mots-clés sur Twitter. Voilà un clin d’œil qui me donne un moyen de conclure ce texte par une bienheureuse pirouette.

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 (1) Aquarius veut dire verseau, en anglais. Mon signe astrologique. Il y avait quelque chose d’écrit d’avance dans cette histoire.
(2) source de l’image : CC BY-SA 3.0 par Evan-Amos.
(3) : source de l’image : http://www.abandonware-magazines.org

Piscine (un peu moins) maudite

10666039_10152728325586054_3229238316512851662_nHé, qu’on se le dise : j’ai enfin pu mettre les pieds à l’intérieur de la Piscine des Amiraux, ce lieu avec lequel j’entretiens une histoire des plus compliquées. J’ai saisi l’opportunité de la Nuit blanche dans le 18e, en ce début octobre venteux, pour m’immiscer dans cet endroit exceptionnel, lové dans un immeuble qui ne l’est pas moins. A défaut d’y barboter et de goûter à l’endroit dans des conditions classiques, j’ai découvert le lieu, plongé dans le noir, seulement éclairé par la diffusion en boucle d’un film aquatique de Kitsou Dubois. Les étages – là où se trouvent les cabines/vestiaires – étaient ouverts au public. Cette piscine des Amiraux, je l’ai donc davantage devinée (et sentie) que vue. Mais peu, c’est davantage que rien. La levée complète de la malédiction sera pour une autre fois. Allez savoir, peut-être qu’un jour j’y nagerai ma brasse médiocre ?