Paradis retrouvé

20141027_195328Oui, oui, je sais, je vous ai déjà bien saoulés avec mon groupe adoré, les Smiths, entre cassette audio que je conserve précieusement et t-shirts en forme de trésors. Je radote, je ratiocine. Mais voilà, j’y reviens, parce qu’il s’avère que j’ai vécu un rêve, un vrai, un pur, un dur. Ces deux 20141103_224212dernières semaines, j’ai réalisé ce que je considère comme mon Grand Chelem intime. J’ai pu voir, à une semaine d’intervalle, à Paris, se produire sur scène mes deux héros. Ce fut d’abord Morrissey, le lundi 27 octobre, sur la scène du Grand Rex. Et une semaine plus tard, jour pour jour, son ex-compère Johnny Marr, sur celle du Trabendo, le 3 novembre. Je ne pensais pas que ce fût possible un jour, mais c’est bel et bien arrivé, comme si quelqu’un avait voulu mettre à l’épreuve mon cœur de quarantenaire (opération réussie).

Morrissey/Marr. Ces deux noms accolés figurent sur les disques que j’ai écoutés à m’en 20141027_212334griller le cerveau. A ma façon, j’aurai donc vu les Smiths sur scène. Oui, je sais, on en est bien loin, puisque les deux hommes n’ont pas joué ensemble, ne se parlent plus, et ne reformeront jamais le groupe (heureusement car les Smiths, ce fut court, parfait, et leur beauté réside là, n’y touchons surtout pas). Mais dans ma tête, j’ai assemblé le puzzle, réuni les deux noms à nouveau, remis le « / » entre eux. Oui, j’ai vu Morrissey ET Marr. Séparément, mais ensemble. Les Smiths. C’est comme ça. En regardant Morrissey en crooner sublime dans la salle roccoco du Grand Rex, puis Johnny Marr en génie facétieux dans celle très basique du Trabendo, je me suis représenté ces cinq petites années où en totale osmose ils dégainèrent à un rythme invraisemblable des chansons inusables. J’ai repensé à ce moment où, en vacances à Céret avec mes 20141103_211204parents, je trouvais en kiosque un exemplaire des Inrockuptibles consacré aux Smiths (déjà séparés à l’époque), avec ce papier de Nick Kent, intitulé « Paradis perdu », ou encore l’interview de Johnny Marr expliquant les raisons de son départ du groupe. Tout m’est revenu, en ces deux lundis fous : de ces vinyles des Smiths rachetés à un camarade collégien (qui ne devait pas avoir toute sa tête pour se séparer de telles merveilles (et qui valent de petites fortunes, aujourd’hui, sur Internet)) à ces émissions de Bernard Lenoir sur France Inter, écoutées religieusement dans l’espoir d’entendre « le nouveau single de Morrissey ».

Lors de ces deux concerts, j’ai pu voir l’ex-duo reprendre chacun de son côté, des morceaux du groupe défunt, dans une sorte de ping-pong artistique de haute volée. Comme si 2014-11-10 12.21.28l’un avait défié l’autre à quelques jours d’intervalles de revisiter leurs trésors passés. Comme du temps où ils se poussaient du coude pour pondre ensemble des chefs d’œuvre inoxydables. A Morrissey, au Grand Rex, des chansons comme « Asleep », « The Queen is dead », « Meat is murder », livrées sur scène comme si elles n’avaient pas 30 ans. A Johnny Marr, au Trabendo, des merveilles comme « Stil ill » (sur l’intro à la guitare du morceau, je pense que mon cerveau s’est déconnecté l’espace de quelques secondes, sous le coup de l’émotion), « Bigmouth strikes again », « How soon is now », « There is a light that never goes out » ou « The headmaster ritual ». Quels mots utiliser pour décrire la joie qui m’a englouti, à ces moments là ? Je l’ignore. En fait, je suis un peu sorti de moi-même je crois. Voilà qui résumerait la chose de façon insatisfaisante et floue. Voir Morrissey et Johnny Marr n’était pas chose que je pouvais entièrement appréhender, de toute façon. Ce fantasme était trop hautement perché.

Vous vous direz que je ne vaux sans doute guère mieux que ces groupies qui vont hululer 20141103_194303aux concerts de Beyoncé. Possible. Mais comme je l’ai déjà dit, les Smiths m’ont façonné, à leur façon. Je les chéris comme au premier jour, et même peut-être encore davantage. « Profites en, tant que tu peux » m’a-t-on conseillé avant cet enchaînement magnifique. Je m’y suis efforcé. Au moins, j’ai vécu ça, c’est vrai, et ces deux concerts ne me quitteront plus. Mais c’est terminé, et cela n’arrivera plus. Et cela me rend à la fois léger et triste. « I was happy in the haze of a drunken hour, but heaven knows I’m miserable now » chantait Momo à l’époque. Paradis perdu, puis retrouvé, puis re-perdu.

Publicités

3 réflexions au sujet de « Paradis retrouvé »

  1. Joli papier sur ta passion, Guillaume, c’est beau de rester passionné à 40 ans ! (tiens, je vais te faire bondir un peu, quand j’ai déménagé, j’ai jeté à la poubelle une montagne de cassettes (pensant les retrouver (malheureusement à tort pour certaines) sur internet), dont une des… Smith (!), l’album avec la photo d’un soldat au Viêt Nam avec « meat is murder » sur le casque. J’ai jamais aimé les vinyles, j’sais pas si ma cassette valait autant qu’un vinyle…).

    • Salut Erick ! Merci ! Les cassettes peuvent avoir un peu de valeur, mais les vinyles sont hors catégorie (comme les affiches d’époque). Ceux que j’ai valent une fortune, je crois, je pourrais me faire pas mal d’argent en les mettant sur eBay (mais je ne le ferai jamais, plutôt mourir). Quant à la passion, oui, elle est intacte. Elle ne fléchit pas. C’est ce que j’ai voulu dire avec ce billet. Je crois que même à 90 ans (si je vais jusque là), j’écouterai « Still ill » (ce serait bienvenu, pour le coup) avec la même émotion.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s