« Ça se voit que je suis SDF, non, monsieur ? »

Stationnement_d'une_rame_à_la_station_Cambronne_sur_la_ligne_6_du_métro_de_Paris-_2013-12-04_15-44Le métro parisien pourrait m’inspirer des dizaines de billets par mois. Il s’y passe tant de choses invraisemblables (des disputes, des gens déguisés, des conducteurs ou conductrices qui jouent avec humour du micro).

Hier soir, dans la ligne 4, je m’assois et me retrouve face à un couple de deux jeunes gens. Ostensiblement en galère, avec de gros sacs et les visages abîmés de ceux qui n’ont pas de toit. Dans la rame, une dame passe pour implorer de l’aide. Elle se penche vers l’homme assis en face de moi, engoncé dans sa casquette (ce qui fait qu’elle ne pouvait pas voir son visage, amoché). « Mais je fais la manche aussi, moi, madame » lui assène-t-il. Elle s’en va. Il m’interroge. « Ça se voit que je suis SDF, non, monsieur ? ».

Oui, ça se voyait. Vraiment. A plein d’éléments. J’ai pourtant répondu « Non ». Parce que je ne voulais pas le blesser. Il a sorti ses mains gonflées et rougies. « Regardez mes ongles, comme ils sont sales. Ça montre bien que je suis à la rue ». Il m’a expliqué que le froid arrivait, qu’hommes et femmes n’étaient pas acceptés en couple dans les refuges et qu’eux ne voulaient pas être séparés. Qu’ils allaient dormir dehors, « on ne sait pas trop où ». Il ne m’a rien demandé. Ils sont partis. Toute cette scène m’a fait une bonne piqûre de rappel sur la rudesse du vrai monde, sa rugosité, sa violence concrète, loin de Facebook et de ses « J’aime », de Twitter et de ses humeurs en 140 signes. La vie sans filtre Instagram.

_________________
Photo sous licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported. Auteur : Greenski.

Publicités

4 réflexions au sujet de « « Ça se voit que je suis SDF, non, monsieur ? » »

    • Il était outré que cette dame ait pu lui demander de l’aide, alors qu’il n’avait pas un sou. Pour lui, ça se voyait qu’il était SDF, et donc le solliciter était impensable. Mais malgré tout, je n’ai pas osé dire oui. Ca me semblait blessant, je ne voulais pas montrer que je le jugeais, d’aucune façon. Donc « non ». Et j’aurais été « mal » de dire oui, même si c’était la vérité. Nous avons un peu discuté, mais il était très fatigué, et embrumé par l’alcool. Je lui ai posé des questions, son amie n’osait pas trop parler, puis ils se sont levés vite et sont partis. Ce fut bref, et rude.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s