Ce qui est interdit n’est pas autorisé

Capture d’écran 2015-01-30 à 10.54.29Le récent billet sur la réfection de la station Marcadet-Poissonniers, qui permet de se replonger avec délectation dans le passé, m’a rappelé un autre moment d’archéologie urbaine, qui vient de me revenir en mémoire. En bas de la rue Caulaincourt, dans le 18e, le Terrass’ Hôtel – ouvert en 1911 – est en travaux, pour une rénovation complète. Une des façades, où la boiserie a été retirée, laisse ainsi apparaître d’anciennes affiches du RPR. Elles doivent dater d’après 1991, comme en témoigne le logo sur l’affiche de gauche. Je pense que le Alain qui apparaît sur celle de droite est Juppé, l’homme à la mode, qui fut député de cette circonscription dans les années 80 et 90. Voir ressurgir le RPR de cette façon n’a guère manqué de cocasserie.

Cocasserie aussi en découvrant l’autre jour cette rue Dufriche, à Montreuil, où se trouve une magnifique… friche industrielle, arborant une merveilleuse charpente métallique (une ancienne usine de jouets, si j’ai bien saisi). La « friche Dufriche » (ex-maire de la ville et résistant), voilà qui fut presque trop beau pour être vrai (1). Capture d’écran 2015-01-30 à 10.52.09Et cocasserie enfin – toujours dans le domaine de l’archéologie urbaine, avec ce panneau plein d’humour (involontaire) aperçu un jour boulevard Saint-Germain. Où comment rappeler que ce n’est pas autorisé est interdit. A moins que ce ne soit l’inverse ?

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(1) Au sujet de cette friche, vous pouvez aller lire ceci. Le lieu a connu des moments agités il y a quelques années.

Décarrossage, mon amour

P1110254A Paris, quand certaines stations de métros sont rénovées, il se passe parfois un phénomène étonnant : on voit réapparaître les murs tels qu’ils étaient dans les années 60. Figés dans leur jus d’époque. C’est ce que j’avais pu remarquer en 2008 dans ma station Jules Joffrin, mais sans avoir pris de photos à l’époque, à mon grand regret. J’ai pu m’offrir une petite séance de rattrapage à la station Marcadet-Poissonniers, dans mon 18e. Les quais où passe la ligne 12 ont subi un « décarrossage ». Petite explication : dans les années 60, peu soucieuse de son patrimoine, la RATP avait, pour diverses raisons (l’éclairage notamment) installé des structures métalliques, devant les murs historiques. Dans nombre de stations de métro, et notamment celles de la ligne 12,P1110244 ex ligne du réseau « Nord-Sud » (d’où les lettres NS entremêlées que l’on voit sur les pourtours des emplacements publicitaires), la régie avait ainsi procédé à ce regrettable carrossage. Le programme de réfection desdites stations entamé il y a une quinzaine d’années passe aujourd’hui par le retrait de ces vilains panneaux de métal, pour dégager les parois et refaire les faïences blanc et vert (ou marron), dans le style originel. C’est alors qu’on peut observer ce qui fut caché pendant de longues années. La plupart des voyageurs du métro n’y prêtent aucune attention. Pour ma part, j’ai le palpitant qui s’agite quand je vois une station décarossée et non encore rénovée. On y découvre des choses épatantes. Le carrelage d’époque (qui semble ne nécessiter qu’un bon coup de chiffon par endroits), de vieilles publicités, des affiches, des règlements, des tableaux avec les « actes de probité » des aP1110226gents, des plans de métro et de RER (affichant des stations qui ne sont plus utilisées et l’ancien logo de la RATP), pour la plupart collés à même le mur. Je vous pose donc ci-dessous les photos prises à la station Marcadet-Poissonniers (dont on peut voir qu’elle s’appelait juste « Poissonniers », avant). Bientôt, tout cela aura disparu, pour de bon, et c’est pourquoi je me suis dépêché, cette fois, d’aller prendre quelques clichés (4). J’ai passé là un bon moment, ému de cette archéologie métropolitaine, sous le regard interrogateur des usagers. Dommage que la RATP ne trouve pas utile – à moins que ce ne soit pas possible – de conserver certains éléments de ce passé sur les quais eux-mêmes (5). A l’heure du « vintage », cela ferait son petit effet… N’est-ce pas ?

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PS : une autre station de la ligne 12 est en cours de décarrossage, il s’agit de Volontaires. Mais assez étrangement, les murs originels n’ont pas grand chose à montrer, et semblent avoir été attaqués à de nombreux endroits au marteau piqueur. Je voulais m’arrêter prendre des photos, mais ça n’aurait rien donné. Il n’y a rien à photographier.
PS2 : Ce blog explique très bien ce qu’est le style Nord-Sud, du temps de la CMP (Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, une des ancêtres de la RATP)
PS3 : la réfection des stations avec l’esthétique originelle donne parfois lieu à des ratages étonnants, comme celle de Saint-Georges. La typographie actuelle diffère de celle qui est historique.
PS4 : Les affiches étaient encore en bon état, juste après le décarrossage, comme le montrent ces photos. Elles ont été apparemment vite arrachées. Quel dommage d’avoir raté ça…
PS 5 : Depuis ce billet, j’ai pu avoir quelques informations de la RATP, que vous pouvez retrouver dans cet article rédigé pour Dixhuitinfo.

Les méchants, ces patates molles

10847682_10152983576856054_3104360769341819497_oQuand j’ai ouvert ce blog, il y a un an et demi, je m’étais promis de ne rien m’imposer. Pas de thème, aucun d’exercice obligé. L’idée : ne se mettre au clavier que quand la bonne idée se pointe. A l’instant précis, je n’ai aucune bonne idée. Mais je souhaite poster ce billet, pour ne pas reprendre ce journal comme si de rien n’était. Car il ne s’est pas rien passé, bien évidemment. En quelques jours, tant d’événements se sont enchaînés, comme dans un film passé à vitesse rapide. Le flot d’information des télévisions, radios, et journaux, les soirées de recueillement à République, la grande marche mémorable du 11 janvier, les réseaux sociaux et leurs avalanches de slogans, de débats, de dessins, de citations, de mots, bons ou mauvais. Tout cela posté, commenté, partagé, « retweeté », « liké » dans un grand vortex, auquel j’ai contribué et qui m’a essoré. Un vortex qui n’est pas terminé. Qui ne peut d’ailleurs peut-être pas se terminer de sitôt (vu le climat très lourd et sécuritaire qui prévaut depuis ces drames). Mais il me fallait un « truc » (je ne trouve pas d’autre mot, alors ce sera celui-là, en référence à la magie, disons ?) pour tenter de passer à autre chose, enfin. Alors j’ai choisi cette image (1), dégotée sur Twitter. On y aperçoit Jeanne, 5 ans, brandir une pancarte arborant un slogan qui m’a tant fait rire :  « Les méchants, vous êtes des grosses patates molles ». Ce n’est malheureusement pas vrai (dommage). Mais pour tourner la page, au moins symboliquement, je vais choisir ça. Oui, à bas les grosses patates molles, et en route pour la suite.

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(1) La photo a été postée sur son compte Twitter par Arthur Chalot. Le crédit photo est FredMarie. Je ne poste d’habitude que mes propres photos, mais là, il m’a fallu effectuer une petite entorse à ce principe. Merci à l’auteur, qui ne m’en voudra pas, j’espère, de m’être ainsi servi.

Avion de papier diplomatique

2015-01-03 16.25.45Quoi de mieux pour démarrer l’année qu’un des formidables mots concoctés par mon Victor de neveu, 7 ans ? Rien. Je dois bien avouer que celui-ci m’a fait rire pendant un bon moment – ce qui n’est pas idéal quand vous subissez les assauts d’une bronchite de niveau 12 (sur 13 possibles). J’imagine mon loustic, envoyé par sa mère dans sa chambre, se demander comment sortir par le haut de ce conflit, prendre une feuille, improviser un avion, y apposer ce message de demande de fin de conflit, le jeter depuis le haut de l’escalier, et attendre. Cette idée est tellement drôle, tellement futée, qu’elle se devait de se retrouver ici. Imaginez le nombre de différends que l’on pourrait solder, en s’envoyant les uns les autres des avions en papier, avec des appels à l’apaisement. « Allez, arrête de faire la tête, on se fait un restau ? » ; « Cette réunion s’est mal passée, si on en causait tranquillement ? » ; « Cher voisin, vous avez fait beaucoup de bruit lors de votre fête hier, si vous passiez néanmoins pour le gâteau, cet après-midi » ;  « Monsieur l’inspecteur des impôts, j’ai un peu merdé sur ma déclaration, on se prend un café pour analyser tout ça ? » Souci : le génie se cogne parfois à la dure réalité. Le mot n’a été retrouvé que le lendemain. Beau et vain à la fois.