Grandir, c’est perdre un peu

11264873_10153270234326054_2993263702463145399_nMa nièce de 5 ans (et demi, elle y tient) n’aime pas perdre, comme nombre d’enfants. Au cours de cette troisième partie des « Licornes dans les nuages » (je vous épargne les détails de ce jeu de dés) – et après avoir remporté facilement les deux premières – la voilà qui s’est bloquée totalement à la perspective de perdre. Et le fait que la situation génère en moi un fou rire involontaire a évidemment accentué sa vexation (1). J’ignore pourquoi tant de petits abhorrent à ce point d’être défaits (j’en faisais partie, mauvais perdant de base que j’étais). Je ne me lancerai pas dans de la psychologie de comptoir (2). Par contre, je suis assez content de cette photo, qui résume à elle seule ce moment où l’enfant se ferme, se cache le revers annoncé, pleure pour l’éviter. Cela doit être ça, grandir : comprendre peu à peu que la vie va vous réserver bien souvent des défaites, des vents contraires, des chausse-trappes. Et que bouder ne servira à rien : il faudra bien faire face de toute façon.
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(1) Précisons à toutes fins utiles que je lui ai expliqué que perdre faisait partie de la vie (et expliqué en quoi elle n’avait pas tant perdu que ça, au final). Et après quelques larmes, le petit drame domestique fut clos. Il faut expliquer la défaite, mais il faut savoir aussi arrondir les angles trop pointus de l’existence.
(2) Il y a sans doute des raisons diverses pour expliquer cette peur de la défaite chez les petits : l’école et ses évaluations, la télévision, le fait que tous les jeux ou presque valorisent la victoire plutôt que l’apprentissage. On est très vite conditionné à l’idée de la victoire, de la réussite, j’imagine ?

Ce qui est interdit n’est pas autorisé

Capture d’écran 2015-01-30 à 10.54.29Le récent billet sur la réfection de la station Marcadet-Poissonniers, qui permet de se replonger avec délectation dans le passé, m’a rappelé un autre moment d’archéologie urbaine, qui vient de me revenir en mémoire. En bas de la rue Caulaincourt, dans le 18e, le Terrass’ Hôtel – ouvert en 1911 – est en travaux, pour une rénovation complète. Une des façades, où la boiserie a été retirée, laisse ainsi apparaître d’anciennes affiches du RPR. Elles doivent dater d’après 1991, comme en témoigne le logo sur l’affiche de gauche. Je pense que le Alain qui apparaît sur celle de droite est Juppé, l’homme à la mode, qui fut député de cette circonscription dans les années 80 et 90. Voir ressurgir le RPR de cette façon n’a guère manqué de cocasserie.

Cocasserie aussi en découvrant l’autre jour cette rue Dufriche, à Montreuil, où se trouve une magnifique… friche industrielle, arborant une merveilleuse charpente métallique (une ancienne usine de jouets, si j’ai bien saisi). La « friche Dufriche » (ex-maire de la ville et résistant), voilà qui fut presque trop beau pour être vrai (1). Capture d’écran 2015-01-30 à 10.52.09Et cocasserie enfin – toujours dans le domaine de l’archéologie urbaine, avec ce panneau plein d’humour (involontaire) aperçu un jour boulevard Saint-Germain. Où comment rappeler que ce n’est pas autorisé est interdit. A moins que ce ne soit l’inverse ?

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(1) Au sujet de cette friche, vous pouvez aller lire ceci. Le lieu a connu des moments agités il y a quelques années.

Avion de papier diplomatique

2015-01-03 16.25.45Quoi de mieux pour démarrer l’année qu’un des formidables mots concoctés par mon Victor de neveu, 7 ans ? Rien. Je dois bien avouer que celui-ci m’a fait rire pendant un bon moment – ce qui n’est pas idéal quand vous subissez les assauts d’une bronchite de niveau 12 (sur 13 possibles). J’imagine mon loustic, envoyé par sa mère dans sa chambre, se demander comment sortir par le haut de ce conflit, prendre une feuille, improviser un avion, y apposer ce message de demande de fin de conflit, le jeter depuis le haut de l’escalier, et attendre. Cette idée est tellement drôle, tellement futée, qu’elle se devait de se retrouver ici. Imaginez le nombre de différends que l’on pourrait solder, en s’envoyant les uns les autres des avions en papier, avec des appels à l’apaisement. « Allez, arrête de faire la tête, on se fait un restau ? » ; « Cette réunion s’est mal passée, si on en causait tranquillement ? » ; « Cher voisin, vous avez fait beaucoup de bruit lors de votre fête hier, si vous passiez néanmoins pour le gâteau, cet après-midi » ;  « Monsieur l’inspecteur des impôts, j’ai un peu merdé sur ma déclaration, on se prend un café pour analyser tout ça ? » Souci : le génie se cogne parfois à la dure réalité. Le mot n’a été retrouvé que le lendemain. Beau et vain à la fois.

Bilan à peu près inutile de l’année 2014

10155262_10152355588426054_6024764908008507782_nL’an dernier, je m’étais amusé à dresser un bilan personnel inutile des douze mois écoulés, en cette période où tout média y va de sa rétrospective et de ses top 10 et classements en tous genres. Je me suis demandé s’il fallait réitérer l’exercice, au risque de me répéter. Et puisqu’il peut y avoir du comique dans la répétition, je me suis dit que oui. Alors, allons-y, pour une liste non exhaustive, avec hauts, bas, moyennes et quelques futilités bienvenues.

– En 2014, j’ai eu fatalement 41 ans révolus. Je n’ai rien pu y faire, et dans quelques semaine, je n’aurai d’ailleurs plus jamais 41 ans. J’aurai 42 ans, et entrerai même dans ma 43ème année. Dire que j’ai été un jour traumatisé d’avoir 26 ans.
– J’ai beaucoup ri avec cette photo en noir et blanc, d’un adulte déguisé en lapin tenant dans ses bras velus deux enfants terrorisés. Il fallait que je la publie, même si je n’ai pas la source (pas davantage que celle de la famille Babar, de l’an dernier).
– Je me suis mis au yoga. J’ai découvert : 1) que ça me vidait totalement l’esprit (pendant une heure, ce qui est beaucoup pour moi) ; 2) que je ne sais pas faire une charrue complète (voir ici) ; 3) que je souffre d’une crampe aiguë au pied gauche dans certaines postures (information secondaire, j’admets). En parlant de yoga, j’ai appris récemment que certains pratiquaient ça sur l’eau, sur une planche de paddle. J’ai cru à une blague, mais non. A quand le karaté sur table de salon ? Le ping-pong sur glace ?
– Je n’ai toujours pas joué une seule fois à Candy Crush, ni à Clash of Clans. Je crois que j’ai plus d’affinités avec la broderie sur coussin.
– J’ai encore repoussé le moment où je devrai expliquer à ma mère à quoi sert Twitter. Je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi moi-même. Mais le jour où viendra où je devrai affronter cette épreuve (elle a déjà commencé à me poser des questions sur Facebook).
– J’ai découvert l’existence de la ville de Mouais, meilleur nom de commune imaginable, 12775_10152818406281054_5002516983229453109_navec celui d’Angoisse. Bizou n’est pas très loin.
– J’ai compris qu’il y avait une activité plus inutile que lire un pensum néolibéral de Jacques Attali ou écouter Sophie de Menthon : écrire une lettre de motivation. Personne n’aime en écrire, et personne ne les lit. C’est un très grand mystère de civilisation, qui perdure.
– J’ai encore pu exercer un peu mon métier, contre vents et marées, avec quelques articles, comme celui-ci qui fut pas mal repris, celui-là ou celui-là.
– J’ai surmonté ma détestation – que dis-je, mon dégoût – pour les avions (que j’avais su éviter depuis 10 belles années) en me rendant à Madrid pour honorer une vieille promesse. faite à un ami. J’y ai trop peu dormi, trop bu et mangé, et en ai découvert les urgences à 6 heures du matin, pour qu’y soit recousue l’arcade dudit ami. Ah, folle jeunesse !
– J’ai encore inventé quelques tracas du quotidien, pour m’amuser, comme « berguler (v) : voir ses courses se mélanger avec celles de la personne qui vous précède à la caisse parce que celle-ci prend tout son temps pour les ranger ». Je suis assez fier du « froutz » aussi : « mouchoir en papier oublié dans la machine à laver et qui s’est répandu en petits morceaux, accrochés à tout le linge. Ousse-froutz (n.) : … et la machine contenait essentiellement du linge noir. »
– J’ai atteint presque 100 billets publiés sur ce blog et enregistré plus de 9 000 visites depuis 10154482_10152382633041054_6312890580959837883_nsa création. J’ai parlé, entre autre, d’un immeuble fantôme, de gens dont il ne faut pas souhaiter la mort, du 8 février 1973, de petites dames mortes (ou pas), de M. Thierry, un technicien de quartier, de frontière franco-belge, de petits mots de mon neveu, de Roger, mon ancien (et extra) coiffeur, du Red Star, de ma première console de jeu, de vitrines moches, de cailloux et d’une interview ratée avec un grand photographe. J’ai gratté les lignes comme ça me venait, sans contrainte aucune, et souvent d’une traite. Ce qui donne ce grand bric-à-brac sans cohérence ni ligne directrice. Tant mieux.
– J’ai vécu un grand chelem personnel, inénarrable ou presque, en voyant se produire en concert, à une semaine d’intervalle, Morrissey et Johnny Marr, deux de mes héros. Cœurs avec les mains !
– Trop souvent désespéré par l’état de ce monde, et par le sort réservé aux animaux, j’ai décidé de changer au moins une chose dans ma façon de vivre, et de tendre vers une alimentation végétarienne. J’ai découvert, de fait, les joies du boulghour, du quinoa, du tofu, du blé et des lentilles. Comme la vie parfois vous récompense, je n’ai pas eu à arrêter les nouilles et les frites.
– J’ai continué de détester de façon passionnée les scooters (il faudrait vraiment interdire ces machines de10710662_10152754516786054_3456019448190333659_n malheur). J’y ai ajouté en 2014 les adeptes des verbes impacter, ambiancer, solutionner, digitaliser, implémenter, focuser, targeter, ou des expressions informatico-marketing comme la bottom line, l’incentive, prendre le lead ou mettre dans le pipe. Je pleure aussi beaucoup la mort confirmer du passer composer en particulier, et de la langue française en général. Koi, keskiya ?
– J’ai découvert par accident la mystérieuse Maddy Genets et son ensemble (sur laquelle, fait notable, je n’ai trouvé quasi aucune information en ligne). La  pochette de disque hors normes semble sortie du cerveau malade de Pierre La Police. Miracle des Internets, la chanson « Petite fleur » peut s’écouter ici (gros moral exigé avant de se lancer).
– En 2014, j’ai pu lire un nouveau livre de Philippe Jaenada, Sulak, et écouter un nouvel album de Morrissey, World Peace is none of your business. Le bonheur peut tenir sur deux lignes, en résumé. (Dans Sulak, j’ai découvert l’histoire drôlissime et vraie de l’attaque de Jimmy Carter par un lapin aquatique, et j’ai vraiment ri plus qu’il ne fallait).
– J’ai eu tendance à faire « trop long » quand j’écris, comme aujourd’hui. Donc il est temps de conclure, avec cette belle surprise de fin d’année, le beau livre absurde de Tom Gauld, Vous êtes tous jaloux de mon jetpack. Et dont cette planche m’offre une parfaite conclusion à ce billet. A bientôt, en 2015. Restez-vous mêmes, mais pas trop non plus.

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PS : La source de l’image de la ville de « Mouais » est ici (sans que je sache si l’auteur(e) de ce blog est bien l’auteur(e) de la photo, mais on dirait que oui).

Vitrine (pas vraiment) magique

10415571_10152776527821054_4931608964392310598_nOui, je confirme, c’est en effet une vitrine vieillotte et désolée. Aperçue à Malakoff, cette ville au nom si peu « francilien » (parce qu’issue d’un ancien quartier de Vanves, et nommée selon une tour militaire près de Sébastopol). Ce magasin de chaussures jauni était-il fermé définitivement, rattrapé par la crise ? Oui, apparemment (mais je n’en jurerais pas, je vois survivre dans mon quartier des commerces aussi étranges que celui-ci, tel le Nant). En tout cas, ces trois chaussures comme abandonnées là, oubliées 1601077_10152776537791054_5268854986461262687_nde tous, avec leur petite étiquette – il y avait des mules, tristes et dépareillées de l’autre côté de la porte – m’ont à la fois fait sourire et collé un bourdon terrible. Le tragi-comique de cette vitrine malakoffiote (c’est ainsi que l’on dit) m’a fait penser aux clichés de l’excellent photographe anglais Martin Parr, qui sait trouver de la drôlerie et de la poésie dans les objets et les situations les plus banales. N’ayant pas une once de son talent, j’ai quand même pris la photo, comme un tout petit petit petit hommage. On fait ce qu’on peut.

Par ici les bons tracas

Les tracas ne s’arrêtent jamais, dans la vie, c’est un fait. Et il faut bien leur trouver des noms pour les conjurer un peu, alors je me sacrifie pour la bonne cause. En voici trois nouveaux.

Capture d’écran 2014-01-04 à 19.56.05Bzizkriks (n) : raids répétés et impitoyables du moustique à 5 heures du matin.

Capture d’écran 2013-11-07 à 17.46.32Mener irbanche (v) : faire ses courses dans un supermarché qui était vide en entrant et qui est bondé au moment de passer en caisse.

Meustave (n) : interlocuteur qui parsème ses phrases d’anglicismes branchés dont vous n’avez jamais entendu parler. Ousse-meustave (n) : et qui recourt à d’autres anglicismes pour les expliquer.

Demain matin : revisser le lit

10154482_10152382633041054_6312890580959837883_nOuf, mon Victor de neveu n’a pas encore perdu le goût de rédiger des petits papiers. Apparemment perturbé par le couinement de son lit, il a annoncé le programme à son père pour le lendemain, tournevis à l’appui (au cas où ce ne serait pas suffisamment clair) : « revisér le lit », c’est à dire revisser les lattes du sommier. Ce billet me plaît tant, surtout avec cet accent aigu barré.

Bonjour tout le monde !

1512350_10152360475546054_1598520002964285118_nQuelque part à Paris, du côté de la porte d’Aubervilliers dans le 19e, il y a donc ce restaurant asiatique qui a choisi d’interpeller le passant par cette très grande et très gentille phrase « Bonjour tout le monde » (dommage qu’il n’y ait pas un point d’exclamation pour parfaire l’accroche). J’ignore si c’est le nom du restaurant lui-même, puisqu’à côté, en grand, on peut aussi lire « Buffet à volonté ». En tout cas, j’ai trouvé ça d’une attention délicieuse, sans avoir été jusqu’à vérifier si les plats le sont aussi. Il ne manque que « Ça va, bien vous ? » ou encore « Et la petite santé ? » pour que ça en fasse l’enseigne la plus bienveillante de toute l’Ile-de-France.

Des tracas, encore et encore

Capture d’écran 2014-04-01 à 22.02.27Davenodu (n.) : morceau de musique répété au piano ou à la trompette ou à l’accordéon pendant des heures et des heures dans l’appartement voisin.

Capture d’écran 2013-11-23 à 14.36.27Greaukouhake (n.) : chocolat en poudre qui refuse obstinément de se fondre dans le lait froid.

Capture d’écran 2014-04-22 à 22.52.43Larpole (n.) : personne devant vous sur le trottoir et que vous n’arrivez pas à dépasser car elle change sans cesse de direction.
Ousse-larpole (n.) : larpole censée être dépassée et qui a réussi à revenir devant vous.

Dans la rue Moufle

3b892380b5ca11e3b908129a84f01860_8 Les voies de la capitale sont dotées d’appellations parfois surprenantes (rue du Chat qui pêche, rue de la Grande truanderie, rue des Mauvais garçons…) En ce qui me concerne, c’est décidé : mon nom de rue préféré (si jamais on devait un jour me demander, ce dont je doute), ce sera ce « Moufle », dans le 11e. En pratique, la rue tirerait son nom du patronyme d’un ancien maire de l’arrondissement, mais c’est à peu près tout ce que j’ai pu trouver comme information sur les Internets. Aucun rapport, à priori, avec ce gant rigolo sans séparation entre les doigts – sauf pour le pouce, ce doigt à part permettant la préhension et donc à qui la civilisation dit merci  – qui remonte au Moyen-âge. Et qui, contrairement aux mitaines, n’a pas été remis au goût du jour par Madonna au milieu des années 80.