Choses à montrer, ou à donner

choses

Quoi de mieux pour réactiver ce blog, mis en sommeil depuis un trop long moment (léger changement de vie oblige), qu’un de ces fameux petits mots de mon neveu de Victor ? Ces billets faits main que j’affectionne au point que je pourrais me les coller en intraveineuse, comme remède pour aller toujours (à peu près) bien. Cette fois, il est question de « choses à montrer ou à donner à Quentin ». (Avec ce dernier, le loustic a fondé une sorte de club de trottinettes local, les « Free stylers du 59 », alias les « LF5 » (ne me demandez pas où est passé le 9, ils n’ont pas su m’expliquer)). Cette enveloppe soucieuse d’organisation s’avère tout simplement magnifique, avec ce mystère  – les « choses » – et ces deux options – « à montrer » ou « à donner ». Elle rejoint un peu la préoccupation première de ce blog, qui était de servir de vide-poches des choses à montrer ou à donner (à lire). L’occasion faisant le larron, il était donc temps de remettre, au moins un tantinet, le fripi sur la trottinette des Internets.

Grandir, c’est perdre un peu

11264873_10153270234326054_2993263702463145399_nMa nièce de 5 ans (et demi, elle y tient) n’aime pas perdre, comme nombre d’enfants. Au cours de cette troisième partie des « Licornes dans les nuages » (je vous épargne les détails de ce jeu de dés) – et après avoir remporté facilement les deux premières – la voilà qui s’est bloquée totalement à la perspective de perdre. Et le fait que la situation génère en moi un fou rire involontaire a évidemment accentué sa vexation (1). J’ignore pourquoi tant de petits abhorrent à ce point d’être défaits (j’en faisais partie, mauvais perdant de base que j’étais). Je ne me lancerai pas dans de la psychologie de comptoir (2). Par contre, je suis assez content de cette photo, qui résume à elle seule ce moment où l’enfant se ferme, se cache le revers annoncé, pleure pour l’éviter. Cela doit être ça, grandir : comprendre peu à peu que la vie va vous réserver bien souvent des défaites, des vents contraires, des chausse-trappes. Et que bouder ne servira à rien : il faudra bien faire face de toute façon.
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(1) Précisons à toutes fins utiles que je lui ai expliqué que perdre faisait partie de la vie (et expliqué en quoi elle n’avait pas tant perdu que ça, au final). Et après quelques larmes, le petit drame domestique fut clos. Il faut expliquer la défaite, mais il faut savoir aussi arrondir les angles trop pointus de l’existence.
(2) Il y a sans doute des raisons diverses pour expliquer cette peur de la défaite chez les petits : l’école et ses évaluations, la télévision, le fait que tous les jeux ou presque valorisent la victoire plutôt que l’apprentissage. On est très vite conditionné à l’idée de la victoire, de la réussite, j’imagine ?

Avion de papier diplomatique

2015-01-03 16.25.45Quoi de mieux pour démarrer l’année qu’un des formidables mots concoctés par mon Victor de neveu, 7 ans ? Rien. Je dois bien avouer que celui-ci m’a fait rire pendant un bon moment – ce qui n’est pas idéal quand vous subissez les assauts d’une bronchite de niveau 12 (sur 13 possibles). J’imagine mon loustic, envoyé par sa mère dans sa chambre, se demander comment sortir par le haut de ce conflit, prendre une feuille, improviser un avion, y apposer ce message de demande de fin de conflit, le jeter depuis le haut de l’escalier, et attendre. Cette idée est tellement drôle, tellement futée, qu’elle se devait de se retrouver ici. Imaginez le nombre de différends que l’on pourrait solder, en s’envoyant les uns les autres des avions en papier, avec des appels à l’apaisement. « Allez, arrête de faire la tête, on se fait un restau ? » ; « Cette réunion s’est mal passée, si on en causait tranquillement ? » ; « Cher voisin, vous avez fait beaucoup de bruit lors de votre fête hier, si vous passiez néanmoins pour le gâteau, cet après-midi » ;  « Monsieur l’inspecteur des impôts, j’ai un peu merdé sur ma déclaration, on se prend un café pour analyser tout ça ? » Souci : le génie se cogne parfois à la dure réalité. Le mot n’a été retrouvé que le lendemain. Beau et vain à la fois.

Grande joie des petits

P110048310676205_10152806112531054_4513974260278548557_nLe petit garçon, comblé d’avoir attrapé le pompon sur sa belle moto de manège, c’est mon père Jean-Claude, dans les années 50. Je suppose qu’il devait avoir alors 5 ou 6 ans. Quelque soixante années plus tard, même expression de joie pour sa petite-fille et ma nièce Camille, qui vient de fêter ses 5 ans et ouvre son cadeau, presque incrédule. Les deux photos figent cet instant pareil à nulle autre, quand vous êtes tout à votre joie. Joie volatile : il faudra bientôt rendre le pompon, ranger son jouet, et retourner grandir.

 

Demain matin : revisser le lit

10154482_10152382633041054_6312890580959837883_nOuf, mon Victor de neveu n’a pas encore perdu le goût de rédiger des petits papiers. Apparemment perturbé par le couinement de son lit, il a annoncé le programme à son père pour le lendemain, tournevis à l’appui (au cas où ce ne serait pas suffisamment clair) : « revisér le lit », c’est à dire revisser les lattes du sommier. Ce billet me plaît tant, surtout avec cet accent aigu barré.

Les bouts de pommes vont devenir des crottes

dessin-victorJe suis tombé hier sur ce dessin de mon loustic de filleul, Victor (6 ans, pour ceux qui n’auraient pas suivi). Alors, bon, je passe vite fait sur tout ce que j’aime dedans : la dégaine du bonhomme en train d’engloutir cette pomme, sa tête ahurie, les flèches explicatives dont je raffole, cette écriture enfantine liée (que je pourrais me coller en intraveineuse, je crois) ces petites fautes d’orthographe de l’enfant qui apprend encore… C’est sur les bulles de dialogue que j’aimerais m’attarder deux minutes.

Où vont les aliments que je mange ? C’est la question de l’exercice. Hé bien, Victor a visiblement la réponse, et elle est simple (et avérée) : « les aliments vont dans l’estomac et puis dans l’intestin ». Et ensuite ? Ben ensuite, « les bouts de pommes vont devenir des crottes ». Et hop, l’affaire est bouclée, on n’en parle plus. D’autres questions ? Non. Tout est dit.

Ce serait bien qu’on retrouve, chez nous, les adultes, cette faculté d’aller à l’essentiel. Parce que , parfois, avouons-le, on complique un chouïa le bidule. Quand vous voulez déjeuner avec quelqu’un, par exemple, ça peut virer très vite au cauchemar logistique.
– On déjeune ensemble semaine prochaine ?
– Ok, quel jour ?
– Je ne sais pas, quel jour t’arrange ?
– Et toi, quel jour t’arrange ?
– Mardi ?
– Non, mardi, impossible. Mercredi ?
– Je peux jeudi.
– Pas possible jeudi, ni vendredi.
– Je pouvais mercredi et vendredi seulement !
– Bon, on décale alors ?
– Oui, on se recontacte. Enfin, je ne suis pas trop dispo la semaine prochaine.
– Bah, on trouvera bien un créneau.

Et au final, 6 mois auront passé avant la nouvelle tentative (qui échouera aussi sans doute). Si on appliquait la méthode organisationnelle des nains, ça donnerait un truc du genre :
– On déjeune ensemble la semaine prochaine ?
– Bonne idée, rendez-vous mardi, à 12h30, au bistrot La Renaissance ?
– Parfait, à mardi.

Appliquée au monde du travail, la « mioche attitude » serait aussi tellement agréable. Finies les 250 réunions avec les grands chefs visionnaires, qui se terminent par des « on essaiera de décider lors d’une prochaine réunion, parce que là, on a bien fait le point, mais on n’a pas vraiment tranché ». Mettez moi des Victor dans ces réunions, et une seule suffira sans doute pour savoir qui fait quoi, et pour quand, et avec qui. Car il ne faut pas perdre de vue, jamais, qu’au final, les bouts de pommes vont devenir des crottes. Ok ?

Ma petite chaise en fourrure orange

Guigui le journaleuxP1100253En haut, c’est moi. Je n’ai pas la date exacte de cette photo mais elle doit dater je pense, de 1979, et j’avais donc autour de 6 ans. En bas, c’est Victor, mon neveu et filleul photographié, en ce début de novembre 2013 en train de faire ses devoirs. Il a 6 ans aussi. Entre ces deux clichés, 35 ans au moins ont passé (et beaucoup de cheveux et d’illusions sont tombés de mon côté). Que de points communs entre ces deux images, prises quasiment au même endroit, dans la maison de mes parents, devenue celle de ma sœur. Le salon est toujours le salon, la télévision a certes changé, mais elle trône toujours au même endroit.

C’est mon papa qui prenait la plupart des photos. A l’époque, on « shootait » et puis on découvrait le résultat une fois la pellicule développée (ce qui donnait lieu à des ratages parfois intéressants, ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui, où l’on a trop tendance à jeter un cliché qu’on juge à chaud raté). Je devais être en train de dessiner, mon hobby de l’époque (que n’ai-je persévéré dans cette voie plutôt que de me piquer d’écrire des articles ?)

Je me souviens de cette chaise, recouverte de fourrure acrylique orange. N’est-elle pas hyper chouette ? Je me rappelle aussi très bien de mon stylo (ma mémoire me fait flipper des fois, à enregistrer des choses aussi inessentielles) : c’était une sorte de Bic, avec un gros capuchon rond et noir, que l’on pouvait mettre autour du cou grâce à un cordon. Je me rappelle bien également de cette télé : pour changer de chaîne, on n’enfonçait pas un bouton, on effleurait juste du doigt sur une sorte de diode verte, le top de la modernité. Les réglages divers (le son, la lumière) se faisaient via des curseurs placés en façade. Il n’y avait pas de télécommande, je crois. Il faut dire qu’avec trois chaînes de télévision (FR3 étant née comme moi en 1973), cet accessoire n’était guère pertinent. Il n’y avait pas de magnétoscope non plus.

Une remarque sur cet épatant papier peint que l’on aperçoit au fond. Mes parents, à l’époque, comme tant d’autres, avaient opté pour des motifs fleuris très très très très très très marqués, pour ne pas dire étouffants. Mais c’était ainsi. Devenu ringarde dans les années 80, cette mode fait aujourd’hui un retour en force (marron). Il suffit de regarder une émission consacrée au design pour voir à quel point les 70 cartonnent. Tout passe, tout lasse, mais tout revient.

Que pourra dire Victor de sa propre photo en 2048 ? Sera-t-il étonné de se voir se servir d’un stylo (abandonné, dans certaines écoles américaines, au profit des outils informatiques) ? D’écrire sur un vrai cahier, sentant bon le papier (une de mes odeurs préférées, celle qui fait que je n’achèterai jamais de liseuse électronique, tant que ce sera possible) ? D’avoir été pris en photo par cet oncle, qui fut un temps journaliste, ce métier désormais effectué par des robots ? Et si la photo papier de 1979 a survécu, quid de celle 2013, immatérielle : existera-t-elle encore, ou aura-t-elle disparu dans le grand cimetière des données numériques ?

« Ne pas mangé tout le gato ! »

841083_10151961312387524_1229588073_oVictor, mon neveu et filleul, a 6 ans, et il apprend à écrire depuis son entrée l’an dernier au CP (dans la classe de sa mère, s’il vous-plaît). Et j’adore le voir se saisir de l’écriture manuscrite (il paraît que chez nos amis américains, la chose n’est plus jugée utile dans certaines écoles. Et pourquoi pas demander à des robots de faire cours, tant qu’on y est ?) Victor aime bien concocter des petits mots à l’attention des autres. C’est l’occasion pour lui de rappeler aux adultes des choses importantes, comme de ne pas « mangé tout le gato » (les grands ne pensent qu’à se goinfrer, donc il n’a pas tort de remettre les choses à leur place). J’adore ça, évidemment. A 200%.

Ces petits bouts de papier lui servent aussi à annoncer des spectacles, coproduits flèche Victoret interprétés avec « Chou », alias Camille, 4 ans. Et histoire que ces foutus adultes ne fassent pas n’importe quoi, il accompagne parfois ses écrits de belles grosses flèches directionnelles. Et moi, voilà, je suis également un fan absolu de ces flèches d’enfant, qui disent sa réflexion et sa préoccupation de diriger les gens de la maisonnée au bon endroit (des fois que certains seraient tentés d’aller dans la chambre des parents ou dans la salle de bains, où aucun cirque ne passe jamais). Je fonds pour ces gros traits dessinés au feutre, pour la forme de la flèche, la façon dont elle est placée à côté du dessin.

Je sais que le jour où le loustic ne griffonnera plus ces petits mots et ce genre de grosses flèches un peu maladroites, cela signifiera qu’il n’est plus un petit garçon qui apprend à écrire. Et même si cela doit arriver, pour le coup, je n’ai vraiment aucune hâte.