Des gens, des bancs.

Perros-Guirec, plage de Trestraou. Côtes-d’Armor, Bretagne.

20170514_17440520170515_13130420170515_13143720170515_16062320170515_16070620170515_18495220170515_18473220170516_12333720170516_12341020170516_12352020170516_13115120170516_13344820170516_13375920170516_18314720170516_18381620170516_19043520170518_12181320170518_12191420170518_18581720170519_14042320170519_14383620170519_14503820170519_15461120170520_11384720170520_114608

(Photos sans filtres, sans retouches, prises à la volée, postées de façon chronologique, sans que les « modèles » ne soient informés. Aucun animal n’a été blessé dans cette séquence, non plus).

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Typographies for ever

Partir dans Paris à la chasse aux vieilles boutiques (enfin, pour la plupart) et de leurs formidables enseignes et typographies, voilà qui ne me lassera jamais. Je vous livre ici le résultat de la pêche opérée lors de récentes balades, l’occasion de voir l’incroyable diversité de polices de caractères utilisées au fil des années (je suis particulièrement fan de celle de la librairie, et de Radio Lyrel). Certaines photos ont déjà été publiées ici, mais au diable l’avarice, je les repropose ici, sous forme de série. (PS : premier billet de blog depuis presque un an, le Fripi a failli rouiller, il était temps de venir un peu mettre de l’huile sur les boulons).

Paradis retrouvé

20141027_195328Oui, oui, je sais, je vous ai déjà bien saoulés avec mon groupe adoré, les Smiths, entre cassette audio que je conserve précieusement et t-shirts en forme de trésors. Je radote, je ratiocine. Mais voilà, j’y reviens, parce qu’il s’avère que j’ai vécu un rêve, un vrai, un pur, un dur. Ces deux 20141103_224212dernières semaines, j’ai réalisé ce que je considère comme mon Grand Chelem intime. J’ai pu voir, à une semaine d’intervalle, à Paris, se produire sur scène mes deux héros. Ce fut d’abord Morrissey, le lundi 27 octobre, sur la scène du Grand Rex. Et une semaine plus tard, jour pour jour, son ex-compère Johnny Marr, sur celle du Trabendo, le 3 novembre. Je ne pensais pas que ce fût possible un jour, mais c’est bel et bien arrivé, comme si quelqu’un avait voulu mettre à l’épreuve mon cœur de quarantenaire (opération réussie).

Morrissey/Marr. Ces deux noms accolés figurent sur les disques que j’ai écoutés à m’en 20141027_212334griller le cerveau. A ma façon, j’aurai donc vu les Smiths sur scène. Oui, je sais, on en est bien loin, puisque les deux hommes n’ont pas joué ensemble, ne se parlent plus, et ne reformeront jamais le groupe (heureusement car les Smiths, ce fut court, parfait, et leur beauté réside là, n’y touchons surtout pas). Mais dans ma tête, j’ai assemblé le puzzle, réuni les deux noms à nouveau, remis le « / » entre eux. Oui, j’ai vu Morrissey ET Marr. Séparément, mais ensemble. Les Smiths. C’est comme ça. En regardant Morrissey en crooner sublime dans la salle roccoco du Grand Rex, puis Johnny Marr en génie facétieux dans celle très basique du Trabendo, je me suis représenté ces cinq petites années où en totale osmose ils dégainèrent à un rythme invraisemblable des chansons inusables. J’ai repensé à ce moment où, en vacances à Céret avec mes 20141103_211204parents, je trouvais en kiosque un exemplaire des Inrockuptibles consacré aux Smiths (déjà séparés à l’époque), avec ce papier de Nick Kent, intitulé « Paradis perdu », ou encore l’interview de Johnny Marr expliquant les raisons de son départ du groupe. Tout m’est revenu, en ces deux lundis fous : de ces vinyles des Smiths rachetés à un camarade collégien (qui ne devait pas avoir toute sa tête pour se séparer de telles merveilles (et qui valent de petites fortunes, aujourd’hui, sur Internet)) à ces émissions de Bernard Lenoir sur France Inter, écoutées religieusement dans l’espoir d’entendre « le nouveau single de Morrissey ».

Lors de ces deux concerts, j’ai pu voir l’ex-duo reprendre chacun de son côté, des morceaux du groupe défunt, dans une sorte de ping-pong artistique de haute volée. Comme si 2014-11-10 12.21.28l’un avait défié l’autre à quelques jours d’intervalles de revisiter leurs trésors passés. Comme du temps où ils se poussaient du coude pour pondre ensemble des chefs d’œuvre inoxydables. A Morrissey, au Grand Rex, des chansons comme « Asleep », « The Queen is dead », « Meat is murder », livrées sur scène comme si elles n’avaient pas 30 ans. A Johnny Marr, au Trabendo, des merveilles comme « Stil ill » (sur l’intro à la guitare du morceau, je pense que mon cerveau s’est déconnecté l’espace de quelques secondes, sous le coup de l’émotion), « Bigmouth strikes again », « How soon is now », « There is a light that never goes out » ou « The headmaster ritual ». Quels mots utiliser pour décrire la joie qui m’a englouti, à ces moments là ? Je l’ignore. En fait, je suis un peu sorti de moi-même je crois. Voilà qui résumerait la chose de façon insatisfaisante et floue. Voir Morrissey et Johnny Marr n’était pas chose que je pouvais entièrement appréhender, de toute façon. Ce fantasme était trop hautement perché.

Vous vous direz que je ne vaux sans doute guère mieux que ces groupies qui vont hululer 20141103_194303aux concerts de Beyoncé. Possible. Mais comme je l’ai déjà dit, les Smiths m’ont façonné, à leur façon. Je les chéris comme au premier jour, et même peut-être encore davantage. « Profites en, tant que tu peux » m’a-t-on conseillé avant cet enchaînement magnifique. Je m’y suis efforcé. Au moins, j’ai vécu ça, c’est vrai, et ces deux concerts ne me quitteront plus. Mais c’est terminé, et cela n’arrivera plus. Et cela me rend à la fois léger et triste. « I was happy in the haze of a drunken hour, but heaven knows I’m miserable now » chantait Momo à l’époque. Paradis perdu, puis retrouvé, puis re-perdu.

Livre, mon ami

P1100683P1100684Passage Verdeau. Une boutique fermée ce jour-là, avec, en vitrine, cette jolie phrase. Un peu plus loin, un homme au bonnet bleu (et non rouge) farfouille. Dans dix ans, voire moins, je suppose qu’on trouvera là des magasins de coques pour téléphones mobiles ou de fringues. « Les gens achètent vraiment tant de fringues que ça ? » s’interrogeait Etienne Daho dans une interview récente. On peut se le demander.

Autofume, vocalettes et taxiphote

P1100362Mystère, mystère. J’ai en ma possession un exemplaire d’époque de l’Illustration, en date du 4 décembre 1926. Je crois me souvenir l’avoir récupéré auprès de ma grand-mère, mais j’ignore totalement d’où il provient et comment il a fait pour survivre durant 87 ans et échapper au pilon. En cette fin 2013, j’ai pris plaisir à me replonger dans les veilles pages jaunies de cet hebdomadaire qui parut pendant 101 ans, de 1843 à 1944  (et qui possède encore son site officiel d’archivage). Histoire de voir de quoi on y causait, en plein milieu de ces florissantes années 20, baptisées « Roaring twenties », c’est à dire les « années vrombissantes » d’après-guerre (Aujourd’hui, je me demande bien comment on pourrait qualifier les années 2010). A noter qu’en 1926, il ne se passa pas grand-chose de passionnant du point de vue historique, si j’en crois cette page de Wikipédia.

L’exercice de revenir quasiment neuf décennies en arrière fut assez instructif et amusant. Je passe volontairement sur le contenu rédactionnel (quelques textes de Noël et planches lithographiques qui ne sont pas ma tasse de Ricoré) pour m’arrêter sur les publicités omniprésentes (au point qu’on pourrait qualifier la revue de « ramasse-pub »). De ce que j’en comprends, l’Illustration s’adressait à un lectorat plutôt parisien et aisé. Les publicités sont sous forme de dessins ou de texte, les slogans sont souvent naïfs, les agences de publicité n’existent pas encore je suppose (« Chevrette est indispensable à la femme élégante »). Constat immédiat :  la fièvre des cadeaux de Noël existait déjà à l’époque et nombre de publicités y font clairement allusion. Ainsi,  les dames sont invitées, entre autre, à offrir à monsieur l’autofume, un allume-cigare qui « se place sur toutes les voitures ».

1545981_10152119308601054_1597609679_nP1100329Dans cet exemplaire du 4 décembre 1926, on trouve bon nombre de publicités pour la « high tech » de l’époque, liée à l’arrivée (chez les plus aisés) de la fée électricité. Les dames sont ainsi invitées à voir « leur rêve se réaliser » avec l’électro-sécheur universel, un « merveilleux peigne électrique » vendu 52 francs (« taxe de luxe comprise »). « Puis, ondulez-vous vous-mêmes avec l’ondulateur universel » (carrément).

P1100334Et des fois que certaines hésiteraient à demander, cette publicité ci-dessous rappelle que « le cadeau utile est très admis ». Genre l’aspirateur ou la cireuse de parquets (l’éclate).

P1100344La modernité, à l’époque, c’est aussi le mystérieux vérascope ou glyphoscope Richard (des appareils photos, en résumé) et le taxiphote (un projecteur). Ou encore un allumoir électrique  (dont je ne comprends pas trop l’usage, là) et la radio.

P1100374P1100330Beaucoup de « réclames » concernent la voiture, ou ce qui tourne autour (pneus, bougies, carrosserie, huiles). On sent qu’il s’agit d’un marché juteux en pleine expansion, avec des marques disparues (célèbres, comme Panhard-Levassor ou non – Unic), ou qui ont survécu jusqu’à aujourd’hui (Renault, Champion).
P1100354P1100350P1100348A l’époque, aussi, le luxe est déjà bien présent, surtout à l’adresse de la gent féminine (je n’ai trouvé aucune réclame de parfum ou eau de toilette pour homme).

P1100341P1100355Comme vous le voyez avec les photos ci-dessus, nombre de marques de l’époque existent encore aujourd’hui : Louis Vuitton, Cointreau, mais aussi Viandox ou Heudebert. Le Get  n’arborait pas encore son célèbre 27 mais promettait « fraîcheur, bonne humeur et la santé » (sacré programme pour un alcool).

P1100338P1100339P1100378P1100333En 1926, des préoccupations très actuelles étaient déjà bien prégnantes. En témoigne cette annonce pour les pilules Nella, qui font « maigrir sans flétrir son visage et sans régime odieux » (!). Ou encore cette publicité pour Néobiol à l’adresse des messieurs qui ont des soucis de calvitie (c’est à cause de la séborrhée, qui « rend les nez brillants et les fronts luisants »). Quant à la réclame pour Palmolive, elle tape dans le mille d’un souci très contemporain : « La femme d’un ‘certain âge’ disparaît : aujourd’hui, on demeure jeune ».

1544573_10152119034951054_2022175678_nP1100375P1100346Mon exemplaire de l’Illustration renferme un sacré paquet de réclames pour des produits pharmaceutiques, avec des noms parfois formidables, telles les Vocalettes, à destination des « orateurs, chanteurs et prédicateurs » (rien que ça), la Phosphatine Falières (« aliment idéal des enfants auxquels il donne force et santé ») ou encore le Vin de Vial, convenant, en vrac, aux « convalescents, vieillards, femmes, enfants et aux personnes débiles et délicates ».

P1100377P1100380P1100367Je terminerai ce passage en revue (si je puis dire) avec deux publicités étonnantes (j’en avais des tonnes sous le coude, mais il faut savoir faire le tri). L’une consacrée au maréchal Pétain, qui était encore en 1926 un héros de la première guerre mondiale. L’autre à l’audacieux Théâtrophone, disponible à Paris, « seule ville au monde » dans ce cas, pour les abonnés au téléphone et leur permettant d’écouter de l’opéra chez eux « sans écouteurs aux oreilles, sans immobilisation du téléphone, sans appareils délicats à entretenir ». Le futur ne reculait déjà devant rien…

P11003711187118_10152123475191054_1621937392_n

Photo sans filtre

P1100073Aujourd’hui, il existe des tas d’applications (Pixlr-o-matic, Instagram, Vignette) pour retoucher une photo rapidement, et lui ajouter des filtres (effet rétro, accentuation des couleurs, des contrastes, etc), la retailler, lui ajouter un cadre. Personnellement, je suis assez friand de ces outils-là, quoiqu’en pensent les professionnels de l’image (et même s’ils n’en pensent pas tous du mal, pour en avoir discuté avec l’un d’entre eux). La photo ci-dessus est, elle, « 100% naturelle » et c’est peut-être ce qui la rend si belle. Le meilleur filtre, ici, c’est la nature elle-même qui me l’a fourni : une fin d’une journée qui fut ensoleillée, des nuages qui se teintent de rose et de gris, l’effet de fuite vers l’horizon, le tunnel de lumière déclinante au milieu de l’image. J’ai souvent pris en photo ce coin de Corrèze, mais jamais avec un ciel d’une telle beauté. Je pense que je ne pourrai sans doute jamais avoir meilleur effet que celui produit ce soir là, en ce début d’automne.

Une soirée à Déjerine, stade hors du temps

Non, il n’y a pas qu’un club de foot à Paris. Il y a en au moins un autre, plus ancien que le PSG. C’est le Paris Football Club, ou PFC, créé en 1969, soit un an avant son illustre voisin. Il a même joué en première division dans les années 70.

entrée Supporter du LOSC, logé dans un stade ultramoderne de 50 000 places, je vais parfois aussi voir des affiches du « foot d’en bas ». En l’occurrence des matchs de troisième division, quand le Red Star – un des plus vieux clubs français – joue dans son mythique stade Bauer, à Saint-Ouen. Le Paris FC, dans ce même championnat de National, joue lui au stade Déjerine, à deux pas de la Porte de Montreuil (dont il portait le nom avant d’être ainsi rebaptisé). Il avait quitté cette minuscule enceinte en 2007, pour évoluer dans le célèbre Stade Charléty. Depuis cet été, fini l’exil dans le sud de la ville, le PFC est revenu dans son fief de l’est parisien.

Ce 13 septembre, j’ai eu l’occasion d’aller voir à quoi il ressemblait, pour une affiche contre le RC Strasbourg, ex-pensionnaire de L1. A noter que lesstade Strasbourgeois étaient plusieurs centaines en tribunes, joli score pour un vendredi soir, pour un match de troisième division. Pour aller du XVIIIème arrondissement au XXème, j’ai utilisé le nouveau tramway T3bis, ouvert depuis décembre 2012. Il longe notamment les Grands Moulins de Pantin (devenu le siège de BNP Paribas) et le joli square Séverine.

« Hé, doucement avec les sauces, les gars ! »

J’aime franchement aller dans ces petits stades, rugueux, souvent rénovés tant bien que mal, et qui ne sont sans doute plus aux normes de grand chose. Ici, pas de paillettes, de loges et de petits fours. Si l’argent coule à flot dans le foot « du haut », il ne descend pas jusque dans des stades comme Bauer ou Déjerine. Ici, tout est petit, vieillot. Comme si le lieu était resté coincé au niveau des années 60 ou 70, oublié là. Derrière le stade, la ville est là, bien visible, avec ses immeubles de briques rouges. Les grands stades modernes n’ont plus ce lien avec la cité, ce type d’ancrage.

Déjerine, c’est ambiance buvettemerguez-frite et vie de quartier. Dès l’entrée, la buvette – un camion rouge donne le ton. Mieux vaut avoir l’estomac bien accroché pour avaler les sandwichs vendus ici par un couple affairé (ce que je n’ai pas osé faire, j’avais assuré le minimum vital au Mc Do avant). Le gérant est obligé de rappeler à l’ordre les plus turbulents. « Hé, doucement avec les sauces, les gars ! »

Marmaille et grande flaque d’eau

Ce soir-là, les enfants sont absolument partout, autour du terrain etgradin dans les tribunes. Le club a visiblement offert l’entrée à ses multiples équipes de jeunes, qui arborent le survêtement du club. Ça se chamaille, ça crie, ça se bouscule de partout. Les papas et les mamans sont là aussi. Le stade Déjerine est vraiment minuscule. Ici, deux seules tribunes latérales existent. A droite, celle réservée aux visiteurs. Elle sert aussi en partie de présidentielle (même si le confort est aussi rustre que dans le reste du stade). En face, l’autre tribune est dévolue aux supporters du PFC et à la presse. Elle est bondée ce soir-là, le match se jouant à guichets fermés. Le petit kop, bruyant et festif, aura grossi au fil du match, à grands renforts de marmaille.

En bas de cette tribune, il devient vite impossible de voir correctement le match, avec les petits qui se collent devant vous, à la rambarde. Il faut aller se mettre debout dans la coursive derrière le but pour réussir à suivre le match correctement. Zéro confort, mais ça fait partie du « truc » quand on se rend dans ce genre d’endroits. Un monsieur, chemise et cheveux blancs, se plaint de la grande flaque d’eau à quelques mètres de là. « Ca fait des mois qu’ils disent qu’ils vont réparer » rouspète-t-il. Quelque chose me dit qu’il risque encore d’attendre…

tableauLe Paris FC se paie le luxe de gagner ce soir-là 2-0, et de conserver sa place de leader. Un peu avant 22 heures, le match se termine. Il tombe une bruine désagréable. L’automne est arrivé d’un coup. Avant de partir, je prends en photo le tableau d’affichage, grosse boîte verte dans lesquelles les chiffres sont constitués d’ampoules. C’est vieux, dépassé, unique. Voilà, la soirée est finie. C’était une soirée à Déjerine, et c’était bien.