D’autres vies que les nôtres

Dans Cemetry Gates, sur l’album The Queen Is Dead des Smiths, Morrissey fait se demander au narrateur à propos des pierres tombales qu’il ou elle regarde : « Tous ces gens, toutes ses vies, où sont-ils, où sont-elles ? Avec des amours, des haines, des passions comme les miennes, ils sont nés, ils ont vécu, et ils sont morts. » J’ai repensé à cette chanson en prenant ces vieilles pierres tombales, en Corrèze. Qu’ont été ces personnes ? Les a-t-on aimées vraiment, détestées parfois, ou rien de tout cela ? Ont-elles été heureuses, au moins un peu ? Quelqu’un se souvient-il encore d’elles, parfois, dans cette campagne qui s’est dépeuplée au fil du temps ? Ou ne reste-t-il d’elles que ces stèles et ces plaques (ce que leur état laisse entendre) ? Je n’ai aucune réponse, et n’en cherche pas, mais j’avais envie de faire une petite place ici à Jeanne Pouget, Pierre Espinet, Maria Porte et à Léonard Villechenoux.

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Londres, what else ?

P1100524A bien des égards, je me sens plus Britannique que Français. Du fait de mes origines nordistes, et de toute cette musique pop anglo-saxonne qui envahit mes oreilles et mes étagères, sans doute. Et puis, j’aime le football, ce qui, en France, correspond à avouer un vice honteux ou une maladie gênante. De fait, quand je vais à Londres, je m’y sens comme à la maison. J’ai eu l’occasion de le revérifier hier, lors d’une journée passée à y crapahuter allégrement (et sous des trombes d’eau, bien entendu). Mais pourquoi Londres est-ce si bien, au fait ?

D’abord, parce qu’une fois passé sous la Manche, on arrive à la gare de Saint-Pancras, coincée entre celle de King’s Cross et la British Library. Sans doute une des plus grandes et belles voûtes ferroviaires du monde. Un chef-d’œuvre des débuts du train. Une cathédrale qui avait été laissée à l’abandon au fil des années. Et qui s’est mise à revivre avec l’Eurostar… et avec les commerces qui s’y sont installés au sous-sol.

P1100496La gare fait partie d’un bâtiment magistral, dans un style néo-gothique impressionnant. Il date de la deuxième moitié du XIXe, à cette époque industrielle où les compagnies ferroviaires se tiraient la bourre pour séduire les clientèles fortunées avec des gares, intégrées à des ensembles contenant des hôtels luxueux. Le lieu a été longtemps inoccupé, on y tournait des films, entre autre. C’est redevenu un hôtel. Il fut question, un temps, de le raser. Merci à ceux qui ont empêché cette folie.

IMG_20140129_114840P1100500P1100502Parce qu’à Londres, on aime dédier des statues à des personnalités, mais aussi à des chèvres :

P1100521Parce que Londres est vaste, et parce qu’on peut y revenir souvent et toujours découvrir de nouveaux endroits, comme le vieux marché de Spitalfields, dans l’East End. Où on peut manger dans un bon restau indien (histoire de sécher un peu après s’être pris des seaux de pluie).

P1100514Parce que Spitalfields et ses environs (Brick Lane, Aldgate, Shoreditch, Liverpool Street) sont un mélange de coins branchés (on y trouve des boutiques ultra tendance) et déglingués. C’est tout ce que j’aime à Londres : cette ambiance, ce mélange du riche et du populo, des vieilles briques des petites maisons avec le verre flambant neuf des immeubles récents, de l’architecture victorienne et des audaces contemporaines les plus poussées.

P1100522P1100526P1100528P1100534P1100539P1100544P1100530P1100538Parce qu’à Londres, le métro est bizarre, parfois difficile à comprendre (il vaut mieux bien regarder les plans, les panneaux et le nom des rames qui arrivent, puisque certaines lignes se partagent des quais, contrairement à Paris), avec ses stations étriqués et vieillottes, parées de briques ou de carrelages. Comme celle de Baker Street, célèbre pour son détective (que j’adore, et qui, au passage, ne prononce jamais le fameux « élémentaire »), où l’on trouve du bois un peu partout ! C’est à la mode et démodé en même temps, brut et raffiné. C’est anglais.

P1100546P1100549P1100552Parce qu’à Londres, il y a Camden Town. Un quartier unique, un îlot alternatif plein d’odeurs, de bruit, de gens, où tout le monde se mélange (punks, touristes, tatoués…) et où se trouve Camden Market, où fourmillent dans un joyeux bric à brac des boutiques de disques, de fringues vintage, de t-shirts, de multiples échoppes où l’on peut « manger un morceau ». C’est en brique, c’est dans son jus, un peu sale, une ville dans la ville.

P1100556P1100555P1100557Parce qu’à Londres, on finit sa journée avec une Guinness sirupeuse dans un pub, à l’abri des hallebardes pluvieuses et en découvrant que le serveur vous a rendu la monnaie avec un billet de 5 livres… écossaises, sans reine (ce que j’ignorais totalement).

P1100558P1100561Parce qu’à Londres, il y a des bus partout et tout le temps. Dont le 214, direction Bow Street via Finsbury. Arrêt à Saint-Pancras. Le temps de passer au Marks et Spencer se payer un sandwich au thon et concombre, au fromage et à la tomate (délicieux/savoureux) de se prendre un yaourt grec et un jus de pomme, et on remonte dans l’Eurostar. Rincé, enrhumé, et heureux.

L’hiver, c’est nul (oui, mais)

P1100468Oui, l’hiver, c’est vraiment nul, mais ça permet de faire ce genre de photos. En été, imaginez : ça dégorgerait de feuilles, de bleu, de lumière, jusqu’à la nausée. La photo, prise au même endroit, n’aurait aucun intérêt. Ici, en janvier, les stries noires sur ciel opalescent, le lampadaire allumé, luttant solitairement contre cette nuit qui tombe à 15 heures, les arbres qui paraissent grimper et s’étaler de façon fractale, créent comme un tableau. Qui pourrait s’appeler « Il est vraiment temps de rentrer à s’baraque ».

Brunante à Barbès

P1100421Ah, le vocabulaire magique de nos cousins québécois. Chez eux, « l’heure bleue » s’appelle la « brunante ». Il s’agit du moment où la nuit commence à prendre le dessus sur le jour déclinant. Ce n’est plus le jour, pas encore la nuit, entre chien et loup. Les cinéastes apprécient l’heure bleue pour son atmosphère particulière, mais puisqu’elle est fugace, ils recourent souvent à des filtres pour la simuler. Ce vendredi, à 17h56 (difficile d’être plus précis) en sortant du cinéma Le Louxor – dont je reparlerai à l’occasion -, je me suis trouvé en pleine « brunante ». Barbès est un coin généralement détesté de la capitale (pas par moi), mais là, tout était beau, entre l’enseigne Tati et son rose layette célèbre, le pont du métro, le feu rouge qui semble s’étirer sans fin, ce ciel fabuleux. Petite joie urbaine, simple.

De l’art d’empiler les chaises

1501424_10152145512896054_1152766710_oLa bonne photo, c’est 9 fois sur 10 celle qui vous tombe sur le coin du bec sans crier gare (« gaaaaaaare » !?). Me trouvant au Jardin des Tuileries, après avoir renoncé à faire – à la louche – 8 heures de queue pour voir l’expo consacrée à Frida Kahlo (et à son amoureux dont j’ai oublié le nom, mais il ne m’en voudra pas), j’ai aperçu, en bas d’une des deux rampes cet empilement magnifique de chaises et de fauteuils métalliques, mis à disposition des promeneurs des touristes pendant les beaux jours. J’ai trouvé ça léger, très graphique, cocasse, ça me faisait penser à des vagues (du genre qu’on n’aimerait quand même pas pas se prendre sur la figure) et j’ai eu une pensée solidaire pour celui ou celle qui avait dû se colleter un tel rangement. N’ayant pas mon appareil photo, j’ai quand même pris des clichés avec mon vieux Motorola Defy, pas très doué pour l’exercice. Mais pour le coup, il s’en est bien tiré, la lumière étant suffisante, et le sujet à prendre pas trop lointain. Et voilà comment on repart sans avoir vu une exposition, mais avec une chouette image dans la boîte. Ça m’a fait la journée. Il faut savoir se rattraper sur les petits lots de consolation, parfois plus savoureux que les premiers prix.

Droit devant !

2012-05-31_17-38-49_788Il y a des photos assez magiques qui vous sont offertes sur un plateau. C’est le cas de celle-ci. Je me trouvais en 2012 sur la promenade de Trestaou, à Perros-Guirec, quand j’ai vu cette scène, à la fois drôle et touchante. Deux vieilles personnes, à priori un couple (encore qu’on ne sait jamais), postées là, accoudées à la balustrade, dans la même position. On pourrait presque croire que je leur ai demandé de poser. Ils regardent au loin, l’archipel des Sept-îles sans doute, là où se trouve un des plus importants repaire de Fous de Bassan. Dans ce cas-là, il n’y a pas grand chose à faire d’autre que dégainer et laisser l’image parler pour elle-même.

PS : il paraît que dans Peanuts (avec Snoopy), Sally Brown dit qu’aimer, « c’est regarder ensemble dans la même direction ».

Le regard doux du matou

J’adore cette photo, prise cet été. Je voulais profiter de l’immobilité du chat – animal particulièrement retors quand il vous voit dégainer votre appareil (cette bestiole n’en fait de toute façon qu’à sa tête, sinon, ce serait un chien). Mais je ne souhaitais pas faire une énième photo de loin, donc j’ai posé l’appareil à même le sol, proche de lui mais pas trop. Au prix d’une belle contorsion, j’ai déclenché sans trop voir le cadrage, et j’ai tout de suite vu qu’elle était réussie : la position du chat, son regard doux, l’effet de profondeur créé par le radiateur et la patte blanche au sol, la lumière frontale qui fait ressortir les couleurs de l’animal et celles du carrelage, les diverses diagonales qui nous font presque plonger dans l’image, en l’étirant. Je pense que c’est une belle photo, pour le coup. Peut-être une de mes plus réussies. Mais bon, il faut dire que j’avais un chouette modèle, aussi.

Une photo pas trop ratée

P1100037Parfois, on prend un cliché, sans trop réfléchir, et on se rend compte après coup qu’il y a quelque chose de spécial qui s’en dégage. Dimanche dernier, je suis allé me balader sur la portion de la Petite ceinture ouverte au public, dans le 15ème. J’ai pris quelques photos. Sur celle-ci, par exemple, j’adore cette impression que la ville a été « évidée » au milieu de l’image, avec le ciel qui passe à l’arrière plan, comme une sorte de trompe-l’œil. L’immeuble de droite, typique de Paris, semble coupé, détaché de l’immeuble de gauche, symbole des années 70. Les deux n’ont rien à voir, et pourtant, on a presque envie de les coller. La rambarde, à droite, apporte une jolie ligne de fuite, dans la continuité de la ligne d’immeubles. Ce n’est pas une jolie photo, mais je l’aime bien.