D’autres vies que les nôtres

Dans Cemetry Gates, sur l’album The Queen Is Dead des Smiths, Morrissey fait se demander au narrateur à propos des pierres tombales qu’il ou elle regarde : « Tous ces gens, toutes ses vies, où sont-ils, où sont-elles ? Avec des amours, des haines, des passions comme les miennes, ils sont nés, ils ont vécu, et ils sont morts. » J’ai repensé à cette chanson en prenant ces vieilles pierres tombales, en Corrèze. Qu’ont été ces personnes ? Les a-t-on aimées vraiment, détestées parfois, ou rien de tout cela ? Ont-elles été heureuses, au moins un peu ? Quelqu’un se souvient-il encore d’elles, parfois, dans cette campagne qui s’est dépeuplée au fil du temps ? Ou ne reste-t-il d’elles que ces stèles et ces plaques (ce que leur état laisse entendre) ? Je n’ai aucune réponse, et n’en cherche pas, mais j’avais envie de faire une petite place ici à Jeanne Pouget, Pierre Espinet, Maria Porte et à Léonard Villechenoux.

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C’était la modernité

10626730_10152707555221054_5441459065857239610_nL’autre jour, descendu je ne sais plus pour quelle raison dans la minuscule cave de ma grand-mère, je suis tombé sur ça. Ce téléphone filaire, des années 70, ou 80, je ne sais pas exactement. J’ignore pourquoi elle l’a conservé (sans doute le voit-elle comme un appareil de secours ?) En tout cas, ce modèle, tout de kaki et de beige revêtu (il y a eu aussi des versions en orange, ivoire, bleu) je m’en souviens bien. Chez mes parents, il avait un jour remplacé le modèle gris souris à cadran rotatif, vous savez, celui à l’intérieur duquel figuraient les numéros d’urgence. A cette époque, la téléphonie était encore affaire publique, et il existait donc des modèles distribués par les PTT. Ce téléphone, à mes yeux, incarnait une forme de modernité, avec ces touches permettant de composer très rapidement un numéro. C’était un tout petit bond technologique, mais un bond quand même.

Par association d’idées, ce téléphone stocké à la cave m’a fait penser à d’autres bascules high tech durant l’enfance. Je me suis rappelé ainsi de mon tout premier ordinateur, aquariusun Mattel Aquarius (1), doté de chouettes touches bleues mais peu pratiques (guère sensibles, elles me contraignait à appuyer fortement, avec le risque ensuite de rester enfoncées). Je le trouvais magnifique, tellement moderne, moi, qui à l’époque, rédigeais de petits journaux à la machine à écrire et au papier carbone (j’ai malheureusement eu cette vocation de devenir journaliste étant petit). Il y a quelques années, j’ai retrouvé dans la cave de la maison de mes parents (c’est fou tout ce qui finit à la cave, quand on y pense) cet Aquarius. Ne pouvant me résoudre à l’envoyer finir dans un bac de déchetterie, je l’ai expédié à une association, Silicium qui réalise un magnifique travail de récupération et conservation des vieilles machines.

Ce petit PC était si limité que je ne m’en suis servi que pour tapoter quelques lignes de Basic, et il a été remplacé un jour par un des musts de l’époque, l’Amstrad CPC 6128, avec lecteur de disquettes, sur lequel j’ai beaucoup joué effectué mes premières armes en SONY DSCmatière de traitement de texte. Mais il y a eu aussi, comme machine phare de mes jeunes et chevelues années, ma bienaimée console de jeu vidéo Mattel Intellivision (2) (donnée par ma mère à je ne sais qui, la machine ayant fini un jour par échouer vous savez où). Un véritable trésor pour moi, elle incarnait un grand saut en avant vers le futur. Je me souviens de cette décoration simili-bois sur le devant – drôle d’idée quand on y pense – et des manettes de jeu qui se rangeaient sur le dessus, dans un emplacement spécifique. Elles étaient dotées de chiffres sur le devant : en pratique, chaque cartouche de jeu s’accompagnait de cartes plastifiées, à glisser dans la manette devant lesdits chiffres, lesquels avaient une fonction précise propre à chaque jeu. (Là, vous vous dites peut-être que je m’égare dans les détails, certes, mais cette histoire de cartes me reste vraiment gravée dans la tête). Certaines cartouches ont bien chauffé, à l’époque, TILT%20-%20n%B024%20-%20septembret%201985%20-%20page001comme Burger Time, Happy Trails, Q-Bert ou Beamrider. Les jeux étaient peu sophistiqués, mais mon cousin et moi étions vraiment fondus de certains. Autre madeleine mémorielle : nous achetions Tilt à l’époque (3), le premier magazine français causant de jeu vidéo. Et chaque numéro était religieusement feuilleté, je peux vous le garantir.

Pour finir ce billet rétro-futuriste, et non exhaustif (il aurait fallu aussi parler du Minitel, de mon Amstrad, de mon « walkman » Sony, des premiers CD), deux choses. J’ai récemment été amusé de voir dans un épisode de The Americans, série contemporaine mais se déroulant dans les années 80, qu’il était question de ma console Intellivision (elle n’a donc pas été totalement oubliée, merci). Enfin, pour en revenir à ce téléphone trouvé chez ma grand-mère, vous remarquerez qu’il est doté d’une touche « # ». J’ignore totalement à quoi elle pouvait bien servir alors. Il s’avère que ce « # » est aujourd’hui le signe utilisé pour taguer des mots-clés sur Twitter. Voilà un clin d’œil qui me donne un moyen de conclure ce texte par une bienheureuse pirouette.

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 (1) Aquarius veut dire verseau, en anglais. Mon signe astrologique. Il y avait quelque chose d’écrit d’avance dans cette histoire.
(2) source de l’image : CC BY-SA 3.0 par Evan-Amos.
(3) : source de l’image : http://www.abandonware-magazines.org