Apaches et griffon

Les puces de Saint-Ouen s’avèrent une source inépuisable de choses à voir, de photos à prendre. Et de découvertes à faire, comme cette moto de marque Griffon, dont les Internets m’apprennent qu’il s’agissait d’une sous-marque de Peugeot dans les années 50-60 (le griffon étant lui le nom d’une créature mythologique, mixant aigle, lion et cheval). Ou encore ce Petit Journal daté de 1907, qui évoque les Apaches, terme générique (et en partie un mythe urbain) servant à qualifier les bandes de voyous sévissant alors dans la capitale (et qui, si j’en crois la « une » de cette publication, étaient vraiment très très très très grands).

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« Le Red Star, c’est à Bauer »

20140829_205408A Saint-Ouen, voisine de Paris, on ne trouve pas que les célèbres puces ou une des dernières usines automobiles (du groupe PSA) installée en centre ville. Cette cité ouvrière, qui fut « rouge »  communiste de 1945 à 2014 (avant de basculer à droite, un petit séisme local) abrite aussi un des plus vieux clubs de football de France. Le Red Star Football Club fut co-fondé en 1897 par Jules Rimet, grande figure du foot français, et inventeur de la Coupe du Monde (de football, ça va sans dire). Il m’arrive parfois d’aller voir jouer le club audonien, une plongée bienvenue dans le « foot d’en-bas » (comme les matchs du Paris FC, rival du Red Star, qui ne joue plus à Déjerine). Le club, passé par les premières et secondes divisions, puis tombé bien bas (en division d’honneur), évolue aujourd’hui en National, soit la troisième division. 20140829_201741Ah, le Red Star, son mystérieux nom anglais, ses cinq coupes de France gagnées entre 1921 et 1942, ses plus ou moins grandes vedettes passées dans ses rangs (Susic, Di Nallo, Cascarino, Marlet, Abou Diaby). Et son mythique Stade Bauer, en ville lui aussi, comme mon regretté Grimonprez-Jooris lillois. Cette enceinte plus que centenaire, née en 1909, est l’âme du Red Star. Sa vétusté et ses déboires (son toit arraché avec la tempête de 1999) avaient contraint le club à s’exiler à La Courneuve, avant que celui-ci y revienne il y a une dizaine d’années. Forcément. Car Bauer, ce n’est pas un stade, c’est un morceau d’histoire. Un monument, dont la destruction a pourtant été maintes fois évoquée. Et auquel les fans du club sont rageusement attachés, au point de chanter régulièrement en cours de match que « le Red Star, c’est à Bauer ». Sous-entendu : ils appellent à sa rénovation et ne veulent pas d’un nouveau stade (des Docks) comme la direction en a le projet, encore vague pour l’instant.

« C’est nous le 93, on tape du ballon ! » 20140829_201822

Alors, oui, Bauer, c’est vieux, étriqué, pas très beau, il y a du béton, de la ferraille et une petite buvette. Les guichets de vente de places sont minuscules. Oui, ce n’est pas confortable, une seule tribune est ouverte au public, hormis le petit bout d’une autre tribune, en face, ouverte aux supporters adverses et aux quatre vents. Mais c’est pour ça qu’on l’aime. Pour se retrouver derrière le petit kop, très actif et engagé à gauche, n’oubliant jamais de célébrer les figures du club, comme Rino Della Negra, ex-joueur et résistant, membre (fusillé) du groupe Manouchian. 20140829_202025Pour voir du football, avec Paris en toile de fond, au milieu des gens venus de tous horizons. Ils sont plusieurs centaines à chaque match. On se mêle aux autres, on ne se soucie pas de qui est qui ou qui fait quoi. Ce qui compte, c’est d’être ensemble, et si possible, de voir des buts. Dans les travées, on chante, on commente, on s’interpelle, on se salue. Le temps est suspendu, les soucis du quotidien aussi. C’est quand le bonheur demande l’autre, dans sa chanson ? C’est maintenant, et ici, à Bauer, pour 1h30.

Une mousse à l’Olympic 20140829_215851

Ce soir-là, sur sa (satanée) pelouse en plastique, le Red Star rencontre Epinal. A la mi-temps, dans les urinoirs masculins vraiment vintage, d’aucuns se plaignent de la faiblesse de l’adversaire, qui repartira de son périple francilien avec un 2-0 dans les ses valises. Le Red Star, qui vise la montée en L2, joue un bon petit football. A la sortie du stade, un homme aboie, de façon un peu solitaire : « C’est nous le 93, on tape du ballon ! ». Les spectateurs quittent Bauer en cette douce soirée de fin août. Certains rentrent chez eux, d’autres vont boire une dernière mousse en face, à l’Olympic de Saint-Ouen, un café-hôtel. A la prochaine, Bauer.